Les marronniers du 8 mars sont au rendez-vous depuis plusieurs semaines ; à vrai dire, ils fleurissent toute l’année. Classique du genre qui tient le peuple en haleine : les conseils d’administration du CAC 40.
La Cour des comptes avait donné le la fin janvier, ayant meublé ses loisirs avec un rapport
qui réunit tous les poncifs attendus autour des « différences de parcours des femmes et des hommes sur lesquelles les stéréotypes de genre influent » : si les femmes sont plus diplômées et occupent cependant moins de positions dirigeantes que les hommes, il faut qu’il y ait carence des « politiques publiques », et la Cour en tance les insuffisances le sourcil froncé. Il ne lui est pas venu à l’idée que peut-être bon nombre des diplômes distribués sont croupions, ni, surtout, qu’il y a plutôt lieu de se féliciter que la peau d’âne ne soit pas le seul moteur de la réussite sociale, qu’éventuellement l’excellence dans l’exercice d’une profession pourrait y jouer un rôle. Ce dernier point est révélateur de l’esprit de caste qui préside au jugement moral sur « l’égalité de genre ». Le diplôme a valeur de titre nobiliaire, et la noblesse d’État, du hobereau au duc s’y accroche.
On a pu voir ensuite la Direction générale des entreprises et le Conseil national de l’industrie se demander « comment proposer des stages ou des interventions auprès de scolaires et favoriser la mixité de genre ». La réponse est simple et tient tout entière en la réduction de l’ennemi : les « stéréotypes de genre », dont la Cour des comptes, tous comptes faits, a décelé le « premier vecteur » dans « les familles ». La sale engeance que ces familles.
A l’approche du 8 mars, un sujet tous les ans s’invite dans la presse au premier rang : la proportion des femmes dans les conseils d’administration. Pour la caste, il n’est de meilleur baromètre. On le sait, la loi en la matière s’est musclée en 2021 avec la « loi Rixain », qui contraint les grandes entreprises françaises à afficher 30 % de femmes dans leurs instances dirigeantes en 2026 (40 % en 2030), et a, si l’on ose dire, « introduit un index » dans leurs obligations gestionnaires pour évaluer les écarts de rémunération entre le costume et la robe tailleur Armani. Bonne nouvelle, nous annoncent les Échos :
« La proportion de femmes aux postes de direction continue d’augmenter. » La « lutte » a-t-elle été âpre, pour que la proportion de femmes ait gagné « huit point de pourcentage » ? Eh bien non, précise le quotidien économique sans se départir de son sérieux : « Les entreprises n’ont pas nécessairement remplacé un homme par une femme. “Elles rajoutent plutôt une chaise autour de la table”, explique Michel Ferrary » (ledit garçon est « chercheur affilié à l’école de commerce Skema » et « directeur de l’observatoire de la féminisation des entreprises »). « Le nombre de postes dans les instances dirigeantes des entreprises du CAC 40, précisent les Échos, a augmenté de 15 en 2024, ceux occupés par les femmes de 16, et ceux par les hommes n’a reculé que de 1. » Et le journal de poursuivre sa défense-illustration de la promotion potiche en resservant la fable en vogue qui voit une relation causale entre parité et rentabilité. Le même « directeur de l’observatoire » veut bien se demander si la corrélation entre le taux de féminisation et l’inclination des entreprises à être mieux-disantes en matière de « RSE » ne viendrait pas tant d’une meilleure gestion due à leur sexe mais de ce que « les femmes sont plutôt attirées par les entreprises responsables d’un point de vue environnemental » ; il ne se risque pas à l’hypothèse qu’elles sont aussi plus attirées par les entreprises florissantes et moins par celles dont leurs talents pourraient favoriser le redressement. Demandez aux tribunaux de commerce: il y a peu de repreneuses parmi les « repreneurs ». Est-ce l’effet d’un « stéréotype de genre » ? D’un manque de chaises ? Heureuses élues du CAC 40 ! Les Échos peuvent y aller d’un cocorico : « Égalité professionnelle femmes-hommes : la France fait la course en tête ».