Il n’y a pas de “féminicides”

Il n’y a pas de “féminicides”

Si l’idéologème différentialiste « féminicide » a échoué à aboutir à un chef d’inculpation spécifique, il est appelé à jouer un rôle grandissant dans le prêt-à-penser propagandiste. Il ne faut pas le laisser passer.

Le 18 février 2020 l’Assemblée nationale publiait le Rapport d’information fait au nom de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, sur la reconnaissance du terme de “féminicide”, dû aux efforts de Fiona Lazaar, députée LREM du Val d’Oise.

Les faits ne justifient pas le climat de panique entretenu par les pouvoirs publics de concert avec les groupes ultras sous l’intitulé des « violences-faites-aux-femmes ». Depuis le début du siècle, les homicides commis sur des femmes ont constamment diminué en France et dans l’Union européenne. Avec un taux de 0,27 sur 100 000, la France se situait en 2016 parmi les pays de l’UE où les meurtres de femmes étaient les moins nombreux

La tendance ne doit rien à la « reconnaissance » d’une violence contre les femmes en tant que femmes. Reste que le rapport Lazaar était attendu par les groupes militants. Or il les aura déçus. Sa principale conclusion est en effet que la « reconnaissance » revendiquée comme l’objectif du texte ne saurait être celle d’un chef d’inculpation spécifique. Principale, mais pas unique conclusion, car elle est assortie d’une recommandation parfaitement contradictoire avec elle.

La Constitution, hélas !

On est ravi pour Fiona Lazaar, avant son recrutement par LREM en juin 2017 jeune cadrette occupée à vendre pour Suez des contrats aux collectivités locales, qu’elle ait trouvé avec ce rapport l’occasion de parfaire sa culture générale et de faire connaissance avec les exigences du droit pénal. Au terme de cet exercice, elle a découvert que l’arsenal répressif qui punit l’homicide (concept non genré en droit), le meurtre, l’assassinat, la mise en danger volontaire de la vie d’autrui, etc., est déjà assez équipé. Elle a dû se rendre à l’évidence, qui ne nécessitait pas un rapport parlementaire, que « créer une infraction autonome de féminicide serait potentiellement inconstitutionnel au regard du préambule de la Constitution et du principe d’égalité devant la loi, puisqu’une telle infraction ne considérerait pas les auteurs et les victimes de manière neutre et égale ».

La rapporteuse a fait encore cette autre découverte, entre autres difficultés, qu’« en retenant la définition d’un meurtre de femme en raison de son sexe, il ne serait pas simple de prouver le caractère sexiste du crime, empêchant ainsi tout simplement de qualifier l’infraction et donc d’en condamner l’auteur ». Un bon point pour l’étudiante : l’éventualité d’un tel effet de bord était très loin d’être apparu aux cervelles hallucinées d’Osez le féminisme.

À quoi le droit échappe encore

Ainsi, la monstruosité protojuridique du « féminicide » échouerait à aboutir. Il faut s’en féliciter. Parce que cet idéologème, combiné ou non à d’autres éléments de langage propagandistes (« continuum de violence », « emprise », « sexuel et sexiste », etc.), eux aussi omniprésents dans le rapport de Fiona Lazaar, n’a pas d’autre visée que de saper les fondements du droit qui garantissent la protection du citoyen contre l’arbitraire et la tyrannie. Car un chef d’inculpation de « féminicide » ne ferait pas qu’instaurer une inégalité de dignité entre les sexes :

  • il méconnaîtrait dans la procédure pénale l’exigence de précision dans la qualification des faits ;
  • il entretiendrait la confusion des faits et du mobile ;
  • il introduirait dans l’appréciation de la gravité des faits un critère emprunté à l’imaginaire totalitaire de la responsabilité collective ;
  • il instaurerait – du fait de la primeur d’un contexte collectif sur les circonstances particulières des faits –, un préjugé biaisant l’individualisation des peines…

Tout cela est bien connu des juristes, et ce blog l’a déjà évoqué (cf. « Équivalences transitives, ou la ruine du droit »).

Inconséquence délibérée

Il se trouve pourtant des juristes qui promeuvent la notion de « féminicide » en dépit de son incompatibilité avec le droit. Fiona Lazaar leur fait largement écho dans son rapport. Le constat fait de l’étrangeté de « féminicide » aux exigences du droit, la députée embraye aussitôt sur les « nécessaires reconnaissance et utilisation institutionnelle du terme de féminicide ». Sans plus se soucier de l’incongruité intellectuelle ni de l’inconséquence politique que cela engage. Suit une série de témoignages « féminicidistes », qui évitent de traiter de l’essentiel : les raisons qu’auraient les pouvoirs publics et des institutions publiques réglées par le droit de parler en dehors du droit et même contre lui. L’urgence de la mobilisation tient lieu de justification : « Il est urgent et impératif de développer son usage institutionnel, en particulier dans les sphères politique, médiatique et judiciaire », écrit la rapporteuse. Et de proposer une « résolution visant à la reconnaissance symbolique du terme “féminicide” par les institutions de la République ».

Pas seulement les institutions. L’intention rééducatrice va au-delà quand la rapporteuse écrit : « Les violences faites aux femmes sont trop souvent dédramatisées. C’est ce que montrent notamment certains traitements médiatiques qui qualifient des féminicides de “crimes passionnels” ou de “drames familiaux” ». C’est-à-dire quand des journalistes font leur travail, en essayant de qualifier et de documenter un événement, et non de le ranger dans une catégorie impersonnelle (tous les meurtres conjugaux ne sont pas passionnels, certains sont commis froidement ; tous les homicides commis sur des femmes ne le sont pas dans le cercle familial ; certains ressortissent à des mobiles strictement conjugaux, d’autres impliquent plus ou moins la famille voire le clan, etc.).

Confusion des pouvoirs

Il faut noter l’embarquement du « médiatique », qui n’a rien à voir avec les « institutions » publiques, dans cette affaire. Pour la rapporteuse, et pour tous les députés qui ont applaudi à son rapport de stage, la confusion des pouvoirs, incluant ce qui a pu être appelé le « quatrième pouvoir », va de soi. À défaut de détruire frontalement le droit pénal, l’idéologie cherchera à saper le fondement de l’État de droit qu’est la séparation des pouvoirs, en s’imposant uniment dans chacun d’eux : ruiner la distinction et l’indépendance des points de vue institutionnels, et, au-delà des institutions, l’indépendance de point de vue de la presse elle-même, par la police du langage.

Côté institutions, l’ambition propagandiste est globale, mais il s’agit moins d’inventer un « ABC de l’inégalité » (des genres devant le droit) dans l’Éducation nationale que de faire le siège de la Justice. La rapporteuse insiste « particulièrement sur l’importance de formation des magistrats et personnels de justice », car, et elle suit en cela le Syndicat de la magistrature, « le genre (est) encore mal compris et mal utilisé dans la pratique judiciaire française »[1].

Justice sous tutelle

En quoi la notion de « genre » pourrait-elle éclairer la qualification de faits criminels, le rapport n’en dit rien. On touche là à l’économie ordinaire de l’idéologie, à sa propension à être toujours autoréférentielle : « genre » est un pilier du corpus, comme le « diamat » dans le récit lénino-stalinien ou le « volkish » dans le récit nazi ; il ne peut qu’être d’un précieux secours en toute occasion. Si le juge adopte le « genre » et avec lui les éléments du récit idéologique qui se substitue au réel, s’il en a l’esprit bien imprégné, il jugera conformément à l’idéologie, tout en respectant les formes légales qui demeurent rétives à en intégrer les concepts. C’est tout ce qui lui est demandé. Et la demande vient de haut : « L’intégration de [« féminicide »] dans la formation des magistrats sur les violences sexistes et sexuelles, conclut, flagorneuse, Fiona Lazaar, permettra de lui donner une traduction juridique (et non pas judiciaire), comme le souhaitait le Président de la République lors de son discours à la tribune de l’Organisation des Nations unies en septembre 2019. »

Car en effet, Macron avait eu un mot explicite en ce sens. Il n’aurait pas fallu que la démonstration de son inanité demeurât sans mise au point flatteuse. La voilà trouvée : la traduction de « féminicide » sera juridique, mais pas judiciaire. L’idéologie s’approprie le « juridique », et pour le « judiciaire » qui est leur partie, les juges se débrouilleront. Sous surveillance. Le souci des formes légales a été une vraie préoccupation des totalitarismes du XXe siècle, du moins tant qu’il y a eu des témoins. La voie est solidement tracée, les héritiers seront à la hauteur.

[1] « Les juges sont en général très peu sensibilisés sur (sic) la notion de genre », se plaint la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Sarah Massoud, in rapport Lazaar, p. 24.

Le “female boosting” du capital

Le “female boosting” du capital

Les réseaux professionnels féminins sont-ils plus que des réunions Tupperware, et à qui s’adressent-ils ? Aperçus du sexisme réticulaire, et de l’usage de la “RSE”.

Que sont les réseaux professionnels féminins, ces structures, généralement associatives, qui visent à corriger les effets supposément défavorables aux femmes du marché de l’emploi, sous le drapeau de la mixité ou de la parité ? Ils sont nombreux à être apparus depuis moins de dix ans. Certains, comme Les Énovatrices, ont eu une existence éphémère. Chez d’autres, la frontière est parfois floue avec les groupes activistes. Car ils sont aussi divers. L’ambition n’est pas ici d’en faire un tour complet, mais d’en souligner un trait commun, le désintérêt pour les femmes des classes populaires.

Renommée et bizness

Le caractère élitiste est tacite mais transparent, avec un réseau comme Les Fameuses, porté par « 250 fameuses », c’est-à-dire des « femmes d’influence, expertes, scientifiques, artistes, sportives… ». Lire la suite

“Le féminisme et ses ennemis”, remarques à la marge sur une paranoïa ordinaire

“Le féminisme et ses ennemis”, remarques à la marge sur une paranoïa ordinaire

Dans sa recension d’un ouvrage collectif intitulé Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui (Puf, 2019), un article de La Vie des idées du 18 novembre signé Tristan Boursier (Cevipof) livre un condensé éloquent de l’aplomb académique inspiré par le préjugé militant.

Les lignes qui suivent ne font que commenter cet article de LVDI[1], qu’il est recommandé de lire avant pour leur bonne compréhension.

Dès le titre de l’article notre recenseur et chercheur (Sciences Po Cevipof) prête d’emblée des « ennemis » à la matière qu’il défend. Pourquoi cet apparat guerrier ? « Contradicteurs » ne conviendrait-il pas mieux ? Ce serait pour l’auteur déjà accepter de discuter leurs raisons. Scrupule superflu avec un ennemi : on le combat, et dans la joute intellectuelle le combat se résume souvent au discrédit et au procès d’intention.

Et l’on devine que va de soi pour lui la portée heuristique du terme « masculinisme ». Terme impropre, le dira-t-on assez. (Se calant sur « féminisme », il faudrait parler de masculisme, ou opter pour fémininisme. Ce barbarisme nous vient du Québec, d’où sont originaires deux des codirecteurs de l’ouvrage recensé, sous l’influence de l’anglais : ce n’est pas dans les départements de pseudo-science genriste qu’on s’attend à trouver les Québécois les plus soucieux de préserver leur souveraineté linguistique). Mais terme surtout polémique, qui vise à embarquer dans une logique militante opposée toute critique de l’idéologie féministe, à instituer toute raison contradictoire en idéologie hostile. Bref, un terme qui vise à s’inventer et à dénoncer des ennemis.

Poursuivons avec l’article de Tristan Boursier.

« Il est parfois tentant d’oublier que le féminisme est toujours confronté à des opposants influents et puissants. »

On ne risque pourtant pas d’oublier un tel mensonge, puisque les féministes le resservent ad nauseam. Mais c’est faire beaucoup d’honneur aux « ennemis » que de leur prêter tant d’influence. Le féminisme est aujourd’hui une idéologie officielle qui a arraisonné toutes les ressources de l’État régalien ; il a pour lui la force, les centres de production idéologique, la plupart des grands médias, il est revendiqué et partagé par toutes les grandes institutions et organisations publiques et privées. Je mets au défi Tristan Boursier d’en nommer une (institution, entreprise…) en France qui prétendrait y déroger ; on attend la démonstration de sa « puissance » et de son « influence » et de sa capacité à se soustraire aux sommations féministes. Tout acquis au propos des auteurs qu’il recense, quand Boursier leur prête le mérite de combattre cette « influence » et cette « puissance », il se moque des lecteurs. Il sait bien que cette « puissance » et cette « influence » sont peu de chose, et que la dissymétrie est à l’envers de ce qu’il prétend. Le pouvoir persécuté par le dissident, le fort effrayé par le faible : le procédé prête à sourire chez un Didier Deschamps avant un match France-Moldavie, chez un universitaire il est simplement malhonnête.

Voyons plus loin.

« [Dans l’ouvrage] les discours antiféministes sont examinés tantôt comme des phénomènes historiques, tantôt comme des manifestations sociologiques, tantôt comme des stratégies politiques. »

Mais en aucun cas comme des objections énoncées dans le cadre de discussions rationnelles. S’agissant du propos de l’ouvrage, et si l’on peut faire crédit à Boursier d’en avoir correctement résumé l’intention, il y a déjà un enseignement à tirer, quant à sa position de discours. « Phénomènes historiques »« manifestations sociologiques » et « stratégies politiques » sont des objets constitués, construits et appropriés par le surplomb de l’Homo academicus et à son avantage : il y a longtemps que le déconstructionnisme académique se dispense de se demander et d’indiquer, lui, d’où il parle. Il parle au nom de la vérité académique (qui coïncide incidemment avec le bien et avec le juste des cercles militants où il se rend après les cours). La réification de ce dont il parle sous les espèces des « phénomènes », des « manifestations » et des « stratégies » est une esquive qui se pare de l’impératif méthodologique, n’offrant aucune matière au questionnement, et cela semble aller de soi pour le recenseur de LVDI comme pour les auteurs du livre recensé.

Approximations et tautologies

« Une première distinction apparaît donc puisque l’antiféminisme est plus large que le masculinisme. Ce dernier va non seulement s’opposer au féminisme, mais également promouvoir les “droits des hommes” dans une société jugée dominée par les femmes. »

Il y a en effet une distinction à faire entre les deux notions, antiféminisme et « masculinisme ». Quoiqu’elle soit de plus en plus théorique, tant l’hubris féministe excelle à les confondre : toute critique du féminisme étant diabolisée et ses auteurs renvoyés à la fantasmagorie d’une hostilité prédatrice à l’endroit des femmes, la défense d’une simple position de discours s’apparente de plus en plus à celle d’un « droit des hommes », en l’occurrence celui d’exprimer des vues différentes (droit qui inclut celui des femmes rétives à la doxa).

« L’antiféminisme et le masculinisme s’incarnent dans des acteurs très différents. Ils sont souvent associés aux mouvements nationalistes et d’extrême droite. »

Admirable mauvaise foi. Si l’auteur de l’article ne fait là que relever les apparentements auxquels procèdent les auteurs du livre, il n’y voit nulle matière à s’interroger, et renforce le trait : la diversité des ennemis d’abord mise en avant est immédiatement suivie de leur reductio ad hitlerum.

Pas tout à fait ? Boursier ajoute : « D’autres sont issus de courants politiques éloignés de la droite. C’est le cas de la pensée de Proudhon. » Est-ce le meilleur exemple ? Il y a eu autant sinon plus de proudhoniens à droite qu’à gauche dans la pensée française du XXe siècle, et Proudhon se contrefichait de se classer à gauche. Passons cette négligence à notre expert de Sciences Po.

« Le point commun entre ces acteurs, aussi divers soient-ils, est leur volonté de conservatisme. Comme le souligne Diane Lamoureux, ce conservatisme se caractérise par une réticence aux changements brusques. »

On brûle de lire cette dame Lamoureux. Bourdieu se moquait de la sociologie de Lazarsfeld et de sa propension à expliquer le conservatisme par la « résistance au changement », l’opium qui fait dormir parce qu’il contient des vertus soporifiques. La tautologie a une riche descendance.

« Une dimension conservatrice toujours bien présente. Au cours des chapitres, trois stratégies de camouflage ressortent. »

Le conservatisme étant ici d’une part présumé comme caractéristique de l’antiféminisme, d’autre part préjugé comme abominable et inavouable, il ne peut faire l’objet de la part de ses partisans que de stratégies de dissimulation. L’entrain paranoïaque du critique se déploie sans bornes.

« Les groupes de défense des “droits des pères” vont revendiquer un désir d’égalité pour faire valoir un droit à voir leur enfant, contre une justice qui serait biaisée en faveur des mères. »

Toute appréhension collective des « droits des pères » est tenue ici pour illégitime per se. Comme toute possibilité de se référer à une communauté de condition. Seules des femmes sont réputées légitimes à se revendiquer d’un « #NousAutres ».

« [Les féministes] seraient allées trop loin et n’accepteraient pas l’idée que l’égalité est déjà là. Cet argument est souvent associé avec une logique néolibérale. Ainsi, l’oppression est individualisée et les femmes sont rendues personnellement responsables des inégalités structurelles. »

« Associé » par qui ? Les « ennemis » du féminisme, s’ils ne sont pas des « nationalistes » de « l’extrême droite », seraient du moins des milton-fridmaniens. Et le féminisme, aujourd’hui le premier auxiliaire idéologique du management capitaliste dans la mobilisation au travail, référence revendiquée et professée par tous les gourous de la « RH », serait la défense des femmes contre les abus du néolibéralisme. Plus c’est gros…

Mais voyons la suite. On y retrouve l’aporie habituelle de la doxa féministe.

Procès d’intention et vanité exégétique

La confusion entre des différentiations d’agrégats résultant d’effets de structures et des inégalités touchant des personnes, est, on l’a montré, au fondement de la rhétorique féministe touchant le travail et les rémunérations. Cette « confusion des ordres » (Pascal) est ici embrassée sans retenue.

Tristan Boursier semble assimiler à la « logique néolibérale » tout écart à une égalité paritaire théorique de pratiques et de conditions, et toute approche sociologique des trajectoires individuelles. Et il interprète tout écart comme l’effet d’une « oppression ». Pure spéculation, qui sera par hasard juste ici et inepte ailleurs. Et ignorance du fait que des écarts se jouent dans les deux sens, par rapport aux moyennes fétiches de la gnose statisticienne.

Personne ne saurait tenir « les femmes » pour « personnellement responsables des inégalités structurelles » puisque « les femmes» sont un agrégat qui par définition n’a rien de « personnel », ni n’exerce aucune responsabilité. Pas davantage une femme personnellement qualifiée n’est « responsable » même d’une part d’un effet de structure. La notion de « responsabilité » est simplement ici dénuée de toute valeur.

« Les féministes contribueraient à la marchandisation du corps des femmes et elles ne considéreraient pas suffisamment la violence faite aux femmes lorsqu’elle est produite par les femmes elles-mêmes ou par les immigrés. »

Nous renvoyons à notre article sur le « syndrome de Cologne », sur ce point qui n’est pas développé dans l’article de Boursier.

« On commence à connaître les structures des discours masculinistes. » C’est la minute comique. Il faut imaginer le patron de bistro qui jette un regard à gauche et à droite, et se penche vers l’habitué par-dessus le bar, le torchon à la main : « On sait qui… » Les ennemis n’ont qu’à bien se tenir : si notre recenseur commence à connaître les structures, il va finir par comprendre ce qu’ils disent.

« Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri repèrent dans la conclusion trois façons dont les féministes réagissent : ignorer, et se concentrer sur la défense de leur lutte plutôt que sur ses adversaires ; réagir de manière ponctuelle ; ou dédier son action à lutter contre les antiféministes, en créant une sorte de contre-contre-mouvement. »

Une chose est sûre. L’ignorance l’emporte parmi ces « façons de réagir ». En pratique, il est à peu près impossible d’échanger avec des féministes des arguments rationnels. On n’y est jamais convié, ou on abandonne de guerre lasse, ou encore on s’emporte devant la mauvaise foi et la sottise en bandoulière, à ses risques et périls, car veille la police du langage (demandez à Finkielkraut, tombé dans le piège de l’agression par De Haas sur un plateau télé).

« Il s’agit de pouvoir déconstruire les discours antiféministes. »

Il s’agirait en effet de pouvoir. Pas sûr que Tristan Boursier en ait les moyens.

« L’unité des antiféministes se fait avant tout dans leurs luttes communes (…) qui sont parfois l’occasion d’intersectionner leurs haines en accumulant les discours oppressifs. »

« Intersectionner » ! On se demande comment s’y prend ce garçon pour couper son pain. Mais voilà le mot « haine ». Quoi d’autres que la « haine » pourrait animer des « ennemis » ? « Haine » aurait manqué, tant le mot est devenu indispensable à la rhétorique de l’intimidation, elle arrive dans la conclusion. On est presque consolé d’avoir été privé de « nauséabond ».


[1] Sans préjudice de ce que contient l’ouvrage collectif qu’il recense (plus de cinq cents pages dues à quatorze auteurs sous la direction de Christine Bard, université d’Angers, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, l’un et l’autre de « l’Institut de recherches et d’études féministes » de l’Université du Québec à Montréal).

“Adèle Haenel ou le tribunal médiatique et numérique”

”Ce n’est pas l’agression qui est dénoncée, mais ce qui a empêché l’agression” Bien vu. Un article qui tire le fil de l’idéologie, et la pelote suit. A lire et à relayer.

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#ÀNotrePlace : nanar et lapsus

#ÀNotrePlace : nanar et lapsus

Le film de “Ni Putes ni Soumises” sur le harcèlement de rue est une démonstration presque éloquente. De ce dont il ne parle pas.

 

Quel intérêt d’un homme pour juger de la drague lourdingue à laquelle peuvent être exposées les femmes (du moins certaines) ? Les féministes de NPNS seraient-elles si timides qu’elles croient qu’un témoignage de femme ne suffit pas aux hommes ? Qu’il fallait celui d’un homme pour accréditer le leur ? Que le leur a trop souvent manqué à la sincérité pour mériter le crédit du sexe opposé ? Horresco referens.

Et pourquoi un homme déguisé en femme ? Elles pouvaient s’adresser plus sûrement à quelque damoiseau hétéro et le promener dans des milieux gays.

Mais tel est le scénario.

Le film, lui, laisse perplexe.

D’abord, il y a l’apparence de ce garçon déguisé en fille, dont la taille et la dégaine laissent trop paraître l’insolite du trans, sous une féminité maladroitement appuyée, un insolite qui ne peut qu’attirer les regards, plus que ne les attirerait une jeune femme élégante dans les mêmes situations. Pas étonnant que les regards soient d’un poids singulier dans la perception de l’intéressé. (En les interprétant tous comme le considérant comme « un morceau de viande », l’acteur s’avance un peu inconsidérément, au-delà de ce qu’il nous a donné à voir – ou c’est que le texte du commentaire a été mieux appris que celui du film.)

Du reste, s’il avait été déguisé en vieillard ou en moine tibétain, il n’aurait pas évité de ressentir différemment d’à l’habitude le regard des autres sur lui, le « poids du regard », sans qu’y soit entrée aucune dimension sexuelle. Regard plus ou moins bienveillant, selon l’habit et les lieux traversés dessous. Et selon la façon de s’y conduire soi-même : le déguisement, comme le rôle de composition, expose plus qu’il ne protège quand il n’est pas bien porté.

Mais ce que montre surtout ce film, c’est le non-dit des « statistiques » sur le harcèlement à caractère sexuel.

On aimerait connaître le détail de l’itinéraire de cette folle journée, et les critères qui ont présidé au choix des lieux fréquentés. Ils ne sont pas tous équivalents, sous le critère de la familiarité avec les inconnus, de l’autre sexe ou pas, ou quel qu’en soit le sexe. Choisir un bar de nuit ou une brasserie à 13 heures, ce n’est pas le même scénario, selon qu’on vise à constater ou dénoncer des lourdeurs de drague. Choisir la région parisienne ou la province, la métropole ou la petite ville, non plus, etc.

« Ni putes ni soumises » se défend d’avoir visé à montrer ce qui ressort immédiatement du film en dépit des floutages (qui ne gomment ni l’allure ni l’élocution !) : la population des supposés harceleurs de rue, jeunes hommes de milieux populaires, est très ethniquement typée. Exemplaire ligue de vertu, elle n’y a pas visé, c’est certain, on lui en fait volontiers crédit. Mais elle y est bien parvenue.

Et revoilà notre syndrome de Cologne. La misère sexuelle agressive et sans filtre de jeunes mâles qui portent en eux les débris de sociétés patriarcales du sud de la Méditerranée, et dont on s’interdit de relever les traits communs – rien de neuf –, mais qu’on ne s’interdit pas d’aller piéger en caméra cachée à la mesure de l’estime intersectionnelle qu’on leur porte, qui sent beaucoup son mépris de classe.

Jamais avare d’une édifiante maladresse, le secrétariat à l’Égalité femmes-hommes de l’impayable Marlène Schiappa met à profit la sortie du nanar pour se féliciter de ses « 894 contraventions pour outrage sexiste ». Huit cent quatre-vingt-quatorze, ça ne suffit pas pour esquisser une typologie des « harceleurs de rue » ? Pas sûr que toute la gent masculine se projette #àleurplace.

Analyse des emplois et mise à l’index

Analyse des emplois et mise à l’index

Sous-texte des récentes mesures d’égalisation autoritaire des rémunérations femmes-hommes, l’« analyse des emplois en valeur comparable » a dévoyé une méthode de défense ouvrière en outil de management et de contrôle de la masse salariale.

La « loi Penicaud » du 5 septembre 2018[1] et ses dispositions visant à « mettre en œuvre un ensemble de mesures visant à supprimer les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes dans l’entreprise » (article 104) ont trouvé une traduction pratique (si l’on peut dire s’agissant d’une usine à gaz) dans un « index de l’égalité femmes-hommes »[2] qui fait la fierté et la teinte de gauche du macronisme. Ce texte revisite le principe « à travail de valeur égale, salaire égal » par une métaphysique de la « valeur » qui escamote dans un ensemble obsessionnel de contraintes légales tant le travail que le travailleur. En attendant qu’il soit loisible d’en tirer un début de bilan, une chose déjà est sûre : dans la confusion des ordres, l’ange de l’analyse en valeur comparable a commencé de faire la bête.

Depuis des années, la négociation collective syndicats-patronat a intégré en France, à une fréquence et des niveaux divers selon les branches et les organisations, Lire la suite

Des “frotteurs” dans les têtes

Des “frotteurs” dans les têtes

Personne ne les voit, mais ils sont partout. L’objet du scandale a autant de substance que dans les sociétés rurales les fables sur l’empoisonnement des sources ou les meurtres rituels. Mais l’inclination est immémoriale. Le parti de la peur aurait tort de s’en priver.

 

Il est remarquable qu’en dehors du contexte téléguidé des enquêtes sur « les violences faites aux femmes », les recherches portant sur les transports publics n’avaient jamais mis spécialement en évidence leur particulière dangerosité au titre de la délinquance sexuelle, ni décelé l’existence de la vaste confrérie des frotteurs. L’hystérisation de l’opinion publique depuis le fait divers hollywoodien dit affaire Weinstein a changé la donne.

“N’hésitez pas à donner l’alerte”

Depuis mars 2018, la RATP diffuse ainsi dans les stations ce message sonore : « Si vous êtes témoin ou victime d’un harcèlement sexuel, n’hésitez pas à donner l’alerte auprès de nos agents, en utilisant une borne, etc. » « N’hésitez pas » ! Ce ton urbain involontairement cocasse s’explique sans doute par la volonté d’intéresser dans la même phrase non seulement les victimes, par l’encouragement à surmonter la commotion de l’agression, mais aussi les témoins, alors qu’il tend plutôt à les dissuader d’intervenir eux-mêmes (pour commencer, chercher la borne…). Lire la suite

Du rail et du genre

Du rail et du genre

Avec sa réforme de la SNCF, l’État institue une discrimination salariale qui viole les principes qu’il revendique ailleurs. Mais seulement ailleurs.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud a présenté le 27 avril en conseil des ministres le « Projet de loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel » par lequel elle entend traiter entre autres sujets « l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes », associée à la « lutte contre les violences sexistes et sexuelles », en vertu de l’amalgame devenu habituel dans toutes les politiques publiques. Il s’agit donc de « passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats sur les écarts de salaires injustifiés », écarts que la ministre évalue à 9 % « à poste égal ou de valeur égale » (selon la mystérieuse notion de « valeur égale » figurant au L. 3221-2 du Code du travail). Pour y aboutir, les entreprises de plus de cinquante salariés seront tenues en 2020 d’utiliser un logiciel ad hoc qui comparera les salaires en fonction de l’entre-jambes.

Quelques jours plus tôt, le « projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire » défendu par la ministre des Transports Élisabeth Borne était adopté par l’Assemblée nationale. L’exposé de ses motifs précise « l’ordonnance devra donner l’opportunité de rénover la gestion de l’emploi, (…), sans remettre en cause le principe de l’unité sociale du groupe public ferroviaire » et que « dans ce cadre » sera « confirmé l’arrêt des recrutements au statut des nouveaux agents ». Une chose et son contraire, donc, Lire la suite

Équivalences transitives, ou la ruine du droit

Équivalences transitives, ou la ruine du droit

Du “continuum de violence” au bricolage des “féminicides”, le mode de pensée tautologique de la propagande féministe n’est pas innocemment risible. Il ne vise à rien de moins qu’à ruiner le principe de légalité.

Les idéologies sont inégalement friandes de rhétorique, de références érudites ou de contorsions dialectiques. Le féminisme du XXIe siècle ne s’en embarrasse pas.

Il énonce comme des évidences des propositions d’équivalence binaire, A = B et B = C, auxquelles leur ressassement finit par conférer la force de l’évidence.

Ces équivalences opèrent dans la désignation des faits et le champ sémantique mobilisé pour les qualifier. Échantillon.

  • Différentiation = discrimination (équivalence totale : la confusion sémantique n’est d’ailleurs pas l’apanage du registre féministe, et si incongru qu’il puisse paraître de noter ici que le droit commercial s’y est aussi pris les pieds, il faut garder à vue que l’avachissement général du langage est toujours un terreau fertile pour les idéologies agressives) ;
  • Inégalité = discrimination (la relation est causale, mais commutative selon le contexte : emploi, éducation, foyer, et surtout selon l’ordre du discours) ;
  • Discrimination = violence (équivalence presque totale, portée d’ailleurs par d’autres contextes que celui de la récrimination féministe, qui emprunte ici au vade mecum des communautarismes) ;
  • Sexuel = sexiste (équivalence totale dès qu’un « stéréotype » est détecté, spécialement s’il s’agit d’une blague) ;
  • Sexisme = violence ; et corollairement discrimination sexiste = violence (équivalence totale) ;
  • Sexisme = domination (comme si une insulte sexiste ne pouvait pas être proférée par un dominé – présentant les meilleurs titres de subordination, économiques, éducatifs, ethniques… – à l’encontre d’une dominante selon les mêmes critères ; la limite de l’équivalence étant ici l’embarras de la doxa avec le syndrome de Cologne) ;
  • Sexiste = « sexiste et sexuel » (ce syntagme stéréotypique désormais inscrit dans la loi et ressassé dans les campagnes de dénonciation ne vise pas à distinguer les deux termes mais au contraire à rabattre le second sur le premier : l’hétérosexualité masculine est présumée sexiste) ;
  • Domination = violence (la domination masculine étant présumée, la violence va de soi, il suffit de repérer l’une pour qualifier l’autre) ;
  • Drague = harcèlement (équivalence totale, mais revendication partielle, il resterait une drague admissible, mais le concéder n’est qu’une clause de style d’un propos tout uniment culpabilisateur, dès lors que la notion de harcèlement ne suppose plus la récurrence d’une avance à caractère sexuel) ;
  • Violences verbales = violences physiques (les allégations de « violences conjugales » sont toujours présentées dans les sondages et les journaux sans distinction des unes et des autres, et si la distinction est faite dans les organismes statisticiens, elle n’y est jamais mise en avant)…

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Qu’est-ce que le “sexisme” ?

Qu’est-ce que le “sexisme” ?

« Notre société entière » est « malade du sexisme », déclarait doctement le 25 novembre 2017 Emmanuel Macron, avec l’accent d’indignation seyant aux circonstances. On savait de la même source les Français fainéants, les voilà mieux qualifiés, en fainéants sexistes.

Au-delà de l’inclination de ce président de la République à l’injure, collective ou individuelle (Pierre de Villiers), son diagnostic péremptoire, qui fait écho au système de croyance tissé dans les esprits par le néoféminisme, gagnerait à s’étayer d’une définition. (Ou ne gagnerait rien, après tout, ce n’est que gesticulation politique.)

Pour le dictionnaire Trésor du CNRTL, le sexisme est « Péj. [Gén. dans le lang. des féministes] » une « attitude discriminatoire adoptée à l’encontre du sexe opposé (principalement par les hommes qui s’attribuent le meilleur rôle dans le couple et la société, aux dépens des femmes reléguées au second plan, exploitées comme objet de plaisir, etc.) ». Pour le Larousse, plus sobrement une « attitude discriminatoire fondée sur le sexe ».

Le Trésor prend acte que n’y entrent pas les interdictions fondées sur le sexe qui sont opposées aux hommes (festival Cineffables , Nuit debout, réseaux professionnels féminins, etc.) : le mot s’entend « généralement dans le langage des féministes ». C’est ce qu’on appelle entériner l’usage. Et la définition du Larousse, qui affecte de l’ignorer, sonne curieusement à nos oreilles tellement habituées à la préemption du mot par l’idéologie.

Car avec le féminisme, le sexisme n’est pas ce qu’avec une placide neutralité dénote ce dictionnaire. Il est « systémique ». Et par conséquent unilatéral, un même « système » ne pouvant produire qu’un type de rapport inégal entre les sexes.

Tout homme qui, d’une façon ou d’un autre, exprime la différence sexuée dont il est porteur – expression de goûts, de désirs – par le geste ou la parole, est en situation d’illustrer le « sexisme » systémique.

Il n’y a pas d’échappatoire, pas de liberté, ni pour lui ni pour sa partenaire. Seul le grand soir féministe qui aura aboli le « système » (on ne sait pas comment) les affranchira l’un et l’autre de ce « rapport de domination » essentialisé.

Le « sexisme » est l’élément de langage d’une prédication.

Papillon du 25 novembre

Papillon du 25 novembre

« Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. » Un énoncé propagandiste.

Papillons : chiffres sortis de quelque bureau, qui volettent portés par les médias ou la rumeur, hors de toute mise en perspective. Le papillon est un effet statisticien tout exprès isolé pour frapper les esprits. Et les abuser, tant il est souvent vénéneux.

Chaque 25 novembre avec la « Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes » revient le papillon de la morbidité liée à la violence conjugale, sous la même forme fréquentielle « tous les trois jours ». « Une femme a été tuée tous les trois jours par son partenaire ou ex-partenaire en 2016 », indique cette année la « mission interministérielle de l’Observatoire national des violences faites aux femmes » (Miprof), qui fait état de 123 victimes[1], chiffre à peu près stable depuis plusieurs années.

Ce chiffre était connu avant le 25 novembre, mais le goût du marketing social porte les pouvoirs publics à en ménager la fraîcheur jusqu’à cette date où son relais médiatique est plus assuré. Et parce que l’occasion de la « Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes » garantit que le sujet des violences conjugales restera bien calé sur celles dont les seules femmes sont victimes. « Violence conjugale » veut dire « hommes violents ». Lire la suite

Nathalie Haddadi, Andromaque bafouée

Nathalie Haddadi, Andromaque bafouée

Aimer son fils, il y a des limites. La 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris s’est fait fort de les énoncer.

Le 28 septembre, Nathalie Haddadi, quarante-trois ans, salariée dans le secteur privé, a été condamnée à deux ans de prison ferme pour avoir « financé le terrorisme ». Trois semaines plus tôt, le ministère public avait requis dix-huit mois. Le procès a ainsi vu le triomphe de la raison antiterroriste. De quoi s’agissait-il ? Du procès de l’amour d’une mère.

Nathalie Haddadi a payé des billets dʼavion à son fils radicalisé qui sortait de prison en novembre 2015, alors quʼil était visé par une interdiction de sortie du territoire ; billets pour lʼAlgérie puis pour l’Extrême-Orient, et elle lui a fait parvenir 2 800 euros alors qu’il se trouvait en Malaisie, d’où il aurait rejoint la Syrie, pour y mourir dans l’été 2016.

Ce jugement, par sa sévérité, n’en dit pas seulement long sur la paranoïa d’État justifiée par la lutte antiterroriste, autrement illustrée par l’accumulation de mesures d’urgence dans la loi ordinaire.

Il en dit long aussi sur la dégradation, l’insidieux mépris collectif, où a glissé au fil des ans, en un long et complexe abandon, la figure maternelle. Paradoxale disparition, alors que s’insinue partout dans nos vies l’inquisition de l’État-Maman ? Plutôt corollaire implacable : l’État assume les fonctions maternelles dont il affirme libérer la femme (au point qu’il en est venu, lors de la précédente législature, à réduire la durée du congé maternité au nom l’« égalité femme-homme », couvert qui n’était pas que le faux nez de raisons budgétaires). L’État materne, et dès lors l’amour maternel ne pèse plus rien face aux raisons d’État. Lire la suite

« Les hommes peuvent-ils être victimes de violences conjugales ? »

(article relayé depuis le blog d’Isoudw, https://isoudw.com/2017/04/10/les-hommes-peuvent-ils-etre-victimes-de-violences-conjugales/)

““““

Il y a peu, j’ai assisté à une campagne de sensibilisation sur le harcèlement de rue. Il s’agissait d’une projection de différents scénarios avec des questions à choix multiples auxquelles nous étions invités à répondre. Dans un effort de politesse et de curiosité, je me suis prêté au jeu. Hélas, au fur et à mesure […]

via Les hommes peuvent-ils être victimes de violences conjugales ? — Isoudw

Écart de salaire et risque sanitaire (dans l’inconscient féministe des journaux)

Écart de salaire et risque sanitaire (dans l’inconscient féministe des journaux)

Quand il s’agit du catéchisme des inégalités-de-genre-au-travail, la presse économique de référence a des références trop pressées.

Dans leur édition du 14 juin 2017, les Échos publient un discret mais éloquent téléscopage des implicites féministes qui formatent les esprits.

Page 4, un article consacré à l’embauche des jeunes diplômés des grandes écoles se conclut, après l’intertitre alarmiste « Inégalité hommes-femmes », par le constat hâtif que dans la « promotion 2016 des diplômés l’écart de salaire entre un homme et une femme diplômés de la même école de management est de 2 000 euros ». Ce qui ne fait qu’enregistrer un effet structurel des différences de fonctions auxquelles les jeunes managers de l’un et l’autre sexe ont choisi de postuler – plus commerciales et financières pour les hommes, plus juridiques et marketing pour les femmes –, alors que les perspectives de gain y sont diverses (pour des raisons propres au génie du capital et on ne peut plus indifférentes à l’entrejambe), est proposé par la rédactrice à l’indignation du lecteur en suggérant qu’il y a là « inégalité » de traitement à travail égal. Quand il n’est pas égal.

Sur le sujet, les journaux sont pleins de ces raccourcis, mais il était particulièrement plaisant, ce 14 juin, de trouver en vis-à-vis page 5 dans le même quotidien le chapô d’un papier « santé » sur le risque cancérigène auquel les salariés sont exposés : « Les hommes et les ouvriers sont les plus concernés. » Le texte qui suit le précise : 75 % des salariés exposés sont des hommes. Mais là, le rédacteur ne tombe pas dans le piège du raccourci ; il n’est pas question d’« inégalité » au détriment des hommes. Qui pourrait concevoir pareille idée ?

Pourtant, toute pondération considérée (proportion d’actifs par sexe, etc.), le fait que les hommes occupent plus que les femmes les professions les plus dangereuses résulte bien plus, s’agissant d’ouvriers, de contraintes qui les dépassent que d’un choix de carrière. Surtout si l’on compare les parts respectives pour eux de l’appétence et de la contrainte avec les positions sur le marché du travail de jeunes manageuses fraîchement émoulues d’une ESC.

Suggérons aux deux journalistes des Échos une enquête à quatre mains sur ce thème : comment se fait-il que les hommes occupent plus que les femmes à la fois les professions les plus lucratives et les plus dangereuses (pour la santé ou l’intégrité physique) – qui sont parfois mais rarement les mêmes –, et occupent aussi les plus lucratives parce que les plus associées à une prise de risque (hors risque sanitaire) ?

Bébés secoués et pudeurs ménagées

Bébés secoués et pudeurs ménagées

C’est en « changeant le regard que la société porte sur les violences faites aux enfants, qu’elles reculeront », affirme vertueusement l’État. Des œillères dont lui s’est affublé, il est moins question.

Le gouvernement a annoncé le 1er mars 2017 un plan de trois ans contre la maltraitance des enfants[1]. Il s’articule en quatre axes : « Améliorer la connaissance et comprendre les mécanismes des violences » ; « Sensibiliser et prévenir » ; « Former pour mieux repérer » ; « Accompagner les enfants victimes de violence ».

Au premier chef, les pouvoirs publics s’alarment de la sous-estimation du nombre d’ « homicides d’enfants liés à des violences intrafamiliales », « notamment pour les nourrissons ». Mais s’il met l’accent sur le plus bas âge, avec l’annonce de la «­systématisation des examens post-mortem en cas de mort inattendue des nourrissons » (mesure 2), dans sa communication pesée au trébuchet de la doxa féministe, il s’emploie à gommer tout ce qui pourrait éveiller l’idée qu’à cet égard la violence féminine n’est pas moins aux premières loges que celle des hommes. La chronique des faits divers serait-elle trop susceptible de documenter plus précisément le faible nombre d’infanticides recensés (« En 2015, ce sont 36 enfants qui ont été tués dans le cadre de violences au sein du couple », lit-on page 7 du Plan) ? On attend les statistiques « genrées » sur les infanticides, et de sérieuses, qui fassent le partage entre le crime et l’accident. Car à cet égard, l’amalgame est à la fête dans le plan gouvernemental, alignant le chapitre des violences sexuelles (mesure 9) et celui des « bébés secoués » (mesure 10)[2].

L’intitulé initialement équivoque, et politiquement critiqué par les ligues féministes, du portefeuille de Mme Rossignol, négationniste acharnée de la violence féminine, lui est ici d’un grand secours : la « ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes » est plus à son affaire sur ce sujet en invoquant vaguement le cadre « intrafamilial ». Et s’offre de surcroît d’amalgamer a priori la maltraitance des enfants aux « violences faites aux femmes » avec une mesure (n°14) qui prévoit de « Renforcer les liens entre le 119 et 3919 » : « Les écoutant.e.s [sic] du 119 [numéro vert à disposition des enfants victimes de violences] seront formé.e.s [id.] au questionnement systématique et aux questions des violences faites aux femmes [numéro vert 319]. »). Pourquoi pas en effet, si cela peut aider à prévenir, mais où s’adressera le père inquiet d’une dérive de sa compagne ou ex-compagne à l’endroit de leurs enfants ? Comme si les phénomènes de décomposition familiale, de fuite devant la responsabilité parentale, de fuite de soi-même par la violence contre la reproduction de soi que figure la progéniture, ne pouvaient happer l’un ou l’autre parent. Mais comme si, particulièrement, le refus de l’enfant nouveau-né ne ressortissait pas d’abord à un état de crise maternel.

[1] http://www.familles-enfance-droitsdesfemmes.gouv.fr/plan-interministeriel-de-mobilisation-et-de-lutte-contre-les-violences-faites-aux-enfants-2017-2019/

[2] Sans citer ses sources, un blog spécialisé sur le sujet (http://bebesecoue.canalblog.com/) en accuse les pères dans 50 % des cas et en exempte entièrement les mères (pas les nounous), même s’il a l’honnêteté d’observer que la « première raison, lors d’un jeu avec l’enfant », est accidentelle. Donc non assimilable à la maltraitance criminelle.