Du rail et du genre

Du rail et du genre

Avec sa réforme de la SNCF, l’État institue une discrimination salariale qui viole les principes qu’il revendique ailleurs. Mais seulement ailleurs.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud a présenté le 27 avril en conseil des ministres le « Projet de loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel » par lequel elle entend traiter entre autres sujets « l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes », associée à la « lutte contre les violences sexistes et sexuelles », en vertu de l’amalgame devenu habituel dans toutes les politiques publiques. Il s’agit donc de « passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats sur les écarts de salaires injustifiés », écarts que la ministre évalue à 9 % « à poste égal ou de valeur égale » (selon la mystérieuse notion de « valeur égale » figurant au L. 3221-2 du Code du travail). Pour y aboutir, les entreprises de plus de cinquante salariés seront tenues en 2020 d’utiliser un logiciel ad hoc qui comparera les salaires en fonction de l’entre-jambes.

Quelques jours plus tôt, le « projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire » défendu par la ministre des Transports Élisabeth Borne était adopté par l’Assemblée nationale. L’exposé de ses motifs précise « l’ordonnance devra donner l’opportunité de rénover la gestion de l’emploi, (…), sans remettre en cause le principe de l’unité sociale du groupe public ferroviaire » et que « dans ce cadre » sera « confirmé l’arrêt des recrutements au statut des nouveaux agents ». Une chose et son contraire, donc, ce texte annonçant par voie d’ordonnance le maintien du « statut » cheminot pour les actuels employés de la SNCF et le recrutement des nouveaux hors statut, c’est-à-dire, tous éléments directs ou indirects y concourant, avec un salaire moindre. À travail égal.

La coïncidence des deux textes n’en est pas tout à fait une, puisqu’il s’agit là de deux réformes volontaristes que rien n’impose au gouvernement, même pas l’UE dans le cas de la SNCF : Bruxelles s’intéresse certes à l’ouverture du rail à la concurrence, mais pas au statut des cheminots. Le gouvernement aurait pu éviter le chevauchement de leurs attendus contradictoires : d’un côté instituer une inégalité générationnelle, de l’autre éradiquer toute apparence d’inégalité de sexe.

Maladresse ou cynisme, qui s’en émeut ? Vu de la caverne féministe, il n’y a pas d’autres inégalités que les inégalités « de genre », et ce préjugé imprègne la marche générale de l’Etat, comme il brouille la vue de syndicats désemparés, et enclins à nager dans le courant qui leur promettrait de se refaire une santé, quitte à substituer la lutte des sexes à la lutte des classes.

Mais après tout, c’est peut-être un bon calcul, et la réforme de la SNCF pourrait redonner bientôt des billes à l’action syndicale. Car accessoirement, si la SNCF s’emploie à féminiser son recrutement, ce qui est sûrement dans ses intentions, elle va accentuer les disparités de salaires entre les sexes, puisque les femmes se trouveront surpondérées hors statut, et les hommes surpondérés dedans. Qu’en dira le logiciel de Madame Pénicaud ?

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