Remarques sur un idéologème – 2. Stéréotype, cliché, préjugé

Remarques sur un idéologème –  2. Stéréotype, cliché, préjugé

Comment la langue, politique, puis académique et bientôt juridique en est-elle arrivée à parler aussi systématiquement de « stéréotypes », à propos de la socialisation sexuée, et de toute question relative à la distribution des rôles sous l’angle comparatif des hommes et des femmes ?

Tel que le décrit la doxa étatique (« des représentations schématiques et globalisantes, des croyances largement partagées… »)[1], le stéréotype ne devrait pas se limiter aux représentations des différences sexuelles. Pourtant, la même définition l’y assigne, précisant « stéréotypes de sexe ». Mais cela va sans dire, comme les notions d’égalité et d’inégalités sont aujourd’hui préemptées par l’axe femme-homme, fût-ce au détriment de la réduction d’inégalités criantes, à la mode anglo-saxonne (les Noirs américains, les Aborigènes australiens ou la classe ouvrière anglaise en savent quelque chose)[2].

Dans le champ de pratiques, d’échanges symboliques, d’entre-soi, et de production idéologique qui est celui du féminisme contemporain, l’influence anglo-saxonne est du reste prégnante. Pour juger du succès du « stéréotype » comme catégorie de la pensée, il faut donc ne pas perdre de vue l’antériorité de stereotype dans le corpus anglo-américain. Antériorité dans les publications savantes ou demi-savantes des gender studies, mais aussi dans un emploi plus large, dans la langue de tout le monde. Mais il se trouve qu’en français l’habituelle traduction de stereotype était simplement « préjugé »[3].

Alors quoi de plus ? Quoi de plus que clichés, ou idées reçues ? Qu’est-ce que « stéréotype » prétend dire de plus que « préjugé », à part d’être un néologisme dû à une anglomanie grégaire[4] ? Se le demander, c’est viser ce que la propagande veut lui faire dire. Lire la suite