« Stéréotypes », remarques sur un idéologème – 1. Le féminisme des intellectuels

« Stéréotypes », remarques sur un idéologème – 1. Le féminisme des intellectuels

Les choix d’orientation des femmes persévérant à déterminer une répartition des métiers et des fonctions dont l’effet est, in fine, une infériorité salariale en moyenne, il fallait que le féminisme trouve une parade. La « lutte contre les stéréotypes » est la réponse de la doxa à cette rébellion du réel.

Le 4 août 2014, la loi « pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » hissait au rang des priorités nationales le « recul des stéréotypes sexistes » – chargeant entre autres le CSA d’une mission de surveillance et de sanction des contenus audiovisuels1. Après la constitution du « HCEfh », entité dont le budget2 semble largement affecté à leur dénonciation, les « stéréotypes » devenaient ainsi l’un des référents négatifs majeurs de la parole et de l’action publiques, et du kit de qualification du mal (« terrorisme », « populisme », « addiction », « xéno/homo/islamo-phobie », etc.). Le 19 mai 2015, le ministre du travail François Rebsamen annonçait dans le cadre d’un assez velléitaire « plan de lutte contre les discriminations en entreprise » (nouveaux indicateurs, valorisation des bonnes pratiques, études ad hoc…), le lancement prochain d’une « grande campagne de sensibilisation auprès du grand public sur le thème de la lutte contre les stéréotypes ».

Quel est donc cet objet de la propagande ?

Le présent propos est de déconstruire la notion de stéréotype, en la soumettant à quelques questions simples. En quoi se différencie-t-elle ? Depuis quand est-elle apparue ? Comment une société préoccupée d’elle-même et de sa représentation a-t-elle pu être tenue si longtemps dans l’ignorance qu’elle était agie par des stéréotypes ? D’où émane l’énoncé de la « lutte contre les stéréotypes », quels intérêts engage sa promotion dans le discours étatique ? Où s’étend son domaine ? Lire la suite

Du féminisme managérial. I. La mobilisation incessante

Du féminisme managérial. I. La mobilisation incessante

Entretenant avec les aspirations professionnelles des femmes la relation d’une avant-garde autoproclamée à une masse tenue pour ignorante[1], le féminisme est à la fois un ethos d’intellectuels[2], et une idéologie légitimante. Du capital.

Le féminisme répond, comme toute idéologie, à un besoin de légitimation de classes savantes [3] engagées dans la conquête ou la sauvegarde du pouvoir. Il est manié dans le cadre d’une économie du discours, où les surenchères et les atténuations tracent les frontières entre les camps et engagent le populaire, dont on sollicite le vote, à prendre l’affaire au sérieux. En cela, le féminisme s’inscrit dans le lot de la vie des partis, la cuisine des programmes, les bricolages d’estrade.

Mais il est plus que cela. Car les classes savantes sont aujourd’hui beaucoup plus nombreuses que ne l’étaient, entre 1848 et la Libération, celles qui misèrent pour s’avancer sur les aspirations des classes ouvrières.

Ce n’est plus seulement l’État et ses prébendes qui sont en ligne de mire, mais toutes les organisations et institutions, privées comme publiques, auxquelles est attachée une forme de prestige social. Lire la suite