Il n’y a pas de “féminicides”

Il n’y a pas de “féminicides”

Si l’idéologème différentialiste « féminicide » a échoué à aboutir à un chef d’inculpation spécifique, il est appelé à jouer un rôle grandissant dans le prêt-à-penser propagandiste. Il ne faut pas le laisser passer.

Le 18 février 2020 l’Assemblée nationale publiait le Rapport d’information fait au nom de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, sur la reconnaissance du terme de “féminicide”, dû aux efforts de Fiona Lazaar, députée LREM du Val d’Oise.

Les faits ne justifient pas le climat de panique entretenu par les pouvoirs publics de concert avec les groupes ultras sous l’intitulé des « violences-faites-aux-femmes ». Depuis le début du siècle, les homicides commis sur des femmes ont constamment diminué en France et dans l’Union européenne. Avec un taux de 0,27 sur 100 000, la France se situait en 2016 parmi les pays de l’UE où les meurtres de femmes étaient les moins nombreux

La tendance ne doit rien à la « reconnaissance » d’une violence contre les femmes en tant que femmes. Reste que le rapport Lazaar était attendu par les groupes militants. Or il les aura déçus. Sa principale conclusion est en effet que la « reconnaissance » revendiquée comme l’objectif du texte ne saurait être celle d’un chef d’inculpation spécifique. Principale, mais pas unique conclusion, car elle est assortie d’une recommandation parfaitement contradictoire avec elle.

La Constitution, hélas !

On est ravi pour Fiona Lazaar, avant son recrutement par LREM en juin 2017 jeune cadrette occupée à vendre pour Suez des contrats aux collectivités locales, qu’elle ait trouvé avec ce rapport l’occasion de parfaire sa culture générale et de faire connaissance avec les exigences du droit pénal. Au terme de cet exercice, elle a découvert que l’arsenal répressif qui punit l’homicide (concept non genré en droit), le meurtre, l’assassinat, la mise en danger volontaire de la vie d’autrui, etc., est déjà assez équipé. Elle a dû se rendre à l’évidence, qui ne nécessitait pas un rapport parlementaire, que « créer une infraction autonome de féminicide serait potentiellement inconstitutionnel au regard du préambule de la Constitution et du principe d’égalité devant la loi, puisqu’une telle infraction ne considérerait pas les auteurs et les victimes de manière neutre et égale ».

La rapporteuse a fait encore cette autre découverte, entre autres difficultés, qu’« en retenant la définition d’un meurtre de femme en raison de son sexe, il ne serait pas simple de prouver le caractère sexiste du crime, empêchant ainsi tout simplement de qualifier l’infraction et donc d’en condamner l’auteur ». Un bon point pour l’étudiante : l’éventualité d’un tel effet de bord était très loin d’être apparu aux cervelles hallucinées d’Osez le féminisme.

À quoi le droit échappe encore

Ainsi, la monstruosité protojuridique du « féminicide » échouerait à aboutir. Il faut s’en féliciter. Parce que cet idéologème, combiné ou non à d’autres éléments de langage propagandistes (« continuum de violence », « emprise », « sexuel et sexiste », etc.), eux aussi omniprésents dans le rapport de Fiona Lazaar, n’a pas d’autre visée que de saper les fondements du droit qui garantissent la protection du citoyen contre l’arbitraire et la tyrannie. Car un chef d’inculpation de « féminicide » ne ferait pas qu’instaurer une inégalité de dignité entre les sexes :

  • il méconnaîtrait dans la procédure pénale l’exigence de précision dans la qualification des faits ;
  • il entretiendrait la confusion des faits et du mobile ;
  • il introduirait dans l’appréciation de la gravité des faits un critère emprunté à l’imaginaire totalitaire de la responsabilité collective ;
  • il instaurerait – du fait de la primeur d’un contexte collectif sur les circonstances particulières des faits –, un préjugé biaisant l’individualisation des peines…

Tout cela est bien connu des juristes, et ce blog l’a déjà évoqué (cf. « Équivalences transitives, ou la ruine du droit »).

Inconséquence délibérée

Il se trouve pourtant des juristes qui promeuvent la notion de « féminicide » en dépit de son incompatibilité avec le droit. Fiona Lazaar leur fait largement écho dans son rapport. Le constat fait de l’étrangeté de « féminicide » aux exigences du droit, la députée embraye aussitôt sur les « nécessaires reconnaissance et utilisation institutionnelle du terme de féminicide ». Sans plus se soucier de l’incongruité intellectuelle ni de l’inconséquence politique que cela engage. Suit une série de témoignages « féminicidistes », qui évitent de traiter de l’essentiel : les raisons qu’auraient les pouvoirs publics et des institutions publiques réglées par le droit de parler en dehors du droit et même contre lui. L’urgence de la mobilisation tient lieu de justification : « Il est urgent et impératif de développer son usage institutionnel, en particulier dans les sphères politique, médiatique et judiciaire », écrit la rapporteuse. Et de proposer une « résolution visant à la reconnaissance symbolique du terme “féminicide” par les institutions de la République ».

Pas seulement les institutions. L’intention rééducatrice va au-delà quand la rapporteuse écrit : « Les violences faites aux femmes sont trop souvent dédramatisées. C’est ce que montrent notamment certains traitements médiatiques qui qualifient des féminicides de “crimes passionnels” ou de “drames familiaux” ». C’est-à-dire quand des journalistes font leur travail, en essayant de qualifier et de documenter un événement, et non de le ranger dans une catégorie impersonnelle (tous les meurtres conjugaux ne sont pas passionnels, certains sont commis froidement ; tous les homicides commis sur des femmes ne le sont pas dans le cercle familial ; certains ressortissent à des mobiles strictement conjugaux, d’autres impliquent plus ou moins la famille voire le clan, etc.).

Confusion des pouvoirs

Il faut noter l’embarquement du « médiatique », qui n’a rien à voir avec les « institutions » publiques, dans cette affaire. Pour la rapporteuse, et pour tous les députés qui ont applaudi à son rapport de stage, la confusion des pouvoirs, incluant ce qui a pu être appelé le « quatrième pouvoir », va de soi. À défaut de détruire frontalement le droit pénal, l’idéologie cherchera à saper le fondement de l’État de droit qu’est la séparation des pouvoirs, en s’imposant uniment dans chacun d’eux : ruiner la distinction et l’indépendance des points de vue institutionnels, et, au-delà des institutions, l’indépendance de point de vue de la presse elle-même, par la police du langage.

Côté institutions, l’ambition propagandiste est globale, mais il s’agit moins d’inventer un « ABC de l’inégalité » (des genres devant le droit) dans l’Éducation nationale que de faire le siège de la Justice. La rapporteuse insiste « particulièrement sur l’importance de formation des magistrats et personnels de justice », car, et elle suit en cela le Syndicat de la magistrature, « le genre (est) encore mal compris et mal utilisé dans la pratique judiciaire française »[1].

Justice sous tutelle

En quoi la notion de « genre » pourrait-elle éclairer la qualification de faits criminels, le rapport n’en dit rien. On touche là à l’économie ordinaire de l’idéologie, à sa propension à être toujours autoréférentielle : « genre » est un pilier du corpus, comme le « diamat » dans le récit lénino-stalinien ou le « volkish » dans le récit nazi ; il ne peut qu’être d’un précieux secours en toute occasion. Si le juge adopte le « genre » et avec lui les éléments du récit idéologique qui se substitue au réel, s’il en a l’esprit bien imprégné, il jugera conformément à l’idéologie, tout en respectant les formes légales qui demeurent rétives à en intégrer les concepts. C’est tout ce qui lui est demandé. Et la demande vient de haut : « L’intégration de [« féminicide »] dans la formation des magistrats sur les violences sexistes et sexuelles, conclut, flagorneuse, Fiona Lazaar, permettra de lui donner une traduction juridique (et non pas judiciaire), comme le souhaitait le Président de la République lors de son discours à la tribune de l’Organisation des Nations unies en septembre 2019. »

Car en effet, Macron avait eu un mot explicite en ce sens. Il n’aurait pas fallu que la démonstration de son inanité demeurât sans mise au point flatteuse. La voilà trouvée : la traduction de « féminicide » sera juridique, mais pas judiciaire. L’idéologie s’approprie le « juridique », et pour le « judiciaire » qui est leur partie, les juges se débrouilleront. Sous surveillance. Le souci des formes légales a été une vraie préoccupation des totalitarismes du XXe siècle, du moins tant qu’il y a eu des témoins. La voie est solidement tracée, les héritiers seront à la hauteur.

[1] « Les juges sont en général très peu sensibilisés sur (sic) la notion de genre », se plaint la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Sarah Massoud, in rapport Lazaar, p. 24.

“Le féminisme et ses ennemis”, remarques à la marge sur une paranoïa ordinaire

“Le féminisme et ses ennemis”, remarques à la marge sur une paranoïa ordinaire

Dans sa recension d’un ouvrage collectif intitulé Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui (Puf, 2019), un article de La Vie des idées du 18 novembre signé Tristan Boursier (Cevipof) livre un condensé éloquent de l’aplomb académique inspiré par le préjugé militant.

Les lignes qui suivent ne font que commenter cet article de LVDI[1], qu’il est recommandé de lire avant pour leur bonne compréhension.

Dès le titre de l’article notre recenseur et chercheur (Sciences Po Cevipof) prête d’emblée des « ennemis » à la matière qu’il défend. Pourquoi cet apparat guerrier ? « Contradicteurs » ne conviendrait-il pas mieux ? Ce serait pour l’auteur déjà accepter de discuter leurs raisons. Scrupule superflu avec un ennemi : on le combat, et dans la joute intellectuelle le combat se résume souvent au discrédit et au procès d’intention.

Et l’on devine que va de soi pour lui la portée heuristique du terme « masculinisme ». Terme impropre, le dira-t-on assez. (Se calant sur « féminisme », il faudrait parler de masculisme, ou opter pour fémininisme. Ce barbarisme nous vient du Québec, d’où sont originaires deux des codirecteurs de l’ouvrage recensé, sous l’influence de l’anglais : ce n’est pas dans les départements de pseudo-science genriste qu’on s’attend à trouver les Québécois les plus soucieux de préserver leur souveraineté linguistique). Mais terme surtout polémique, qui vise à embarquer dans une logique militante opposée toute critique de l’idéologie féministe, à instituer toute raison contradictoire en idéologie hostile. Bref, un terme qui vise à s’inventer et à dénoncer des ennemis.

Poursuivons avec l’article de Tristan Boursier.

« Il est parfois tentant d’oublier que le féminisme est toujours confronté à des opposants influents et puissants. »

On ne risque pourtant pas d’oublier un tel mensonge, puisque les féministes le resservent ad nauseam. Mais c’est faire beaucoup d’honneur aux « ennemis » que de leur prêter tant d’influence. Le féminisme est aujourd’hui une idéologie officielle qui a arraisonné toutes les ressources de l’État régalien ; il a pour lui la force, les centres de production idéologique, la plupart des grands médias, il est revendiqué et partagé par toutes les grandes institutions et organisations publiques et privées. Je mets au défi Tristan Boursier d’en nommer une (institution, entreprise…) en France qui prétendrait y déroger ; on attend la démonstration de sa « puissance » et de son « influence » et de sa capacité à se soustraire aux sommations féministes. Tout acquis au propos des auteurs qu’il recense, quand Boursier leur prête le mérite de combattre cette « influence » et cette « puissance », il se moque des lecteurs. Il sait bien que cette « puissance » et cette « influence » sont peu de chose, et que la dissymétrie est à l’envers de ce qu’il prétend. Le pouvoir persécuté par le dissident, le fort effrayé par le faible : le procédé prête à sourire chez un Didier Deschamps avant un match France-Moldavie, chez un universitaire il est simplement malhonnête.

Voyons plus loin.

« [Dans l’ouvrage] les discours antiféministes sont examinés tantôt comme des phénomènes historiques, tantôt comme des manifestations sociologiques, tantôt comme des stratégies politiques. »

Mais en aucun cas comme des objections énoncées dans le cadre de discussions rationnelles. S’agissant du propos de l’ouvrage, et si l’on peut faire crédit à Boursier d’en avoir correctement résumé l’intention, il y a déjà un enseignement à tirer, quant à sa position de discours. « Phénomènes historiques »« manifestations sociologiques » et « stratégies politiques » sont des objets constitués, construits et appropriés par le surplomb de l’Homo academicus et à son avantage : il y a longtemps que le déconstructionnisme académique se dispense de se demander et d’indiquer, lui, d’où il parle. Il parle au nom de la vérité académique (qui coïncide incidemment avec le bien et avec le juste des cercles militants où il se rend après les cours). La réification de ce dont il parle sous les espèces des « phénomènes », des « manifestations » et des « stratégies » est une esquive qui se pare de l’impératif méthodologique, n’offrant aucune matière au questionnement, et cela semble aller de soi pour le recenseur de LVDI comme pour les auteurs du livre recensé.

Approximations et tautologies

« Une première distinction apparaît donc puisque l’antiféminisme est plus large que le masculinisme. Ce dernier va non seulement s’opposer au féminisme, mais également promouvoir les “droits des hommes” dans une société jugée dominée par les femmes. »

Il y a en effet une distinction à faire entre les deux notions, antiféminisme et « masculinisme ». Quoiqu’elle soit de plus en plus théorique, tant l’hubris féministe excelle à les confondre : toute critique du féminisme étant diabolisée et ses auteurs renvoyés à la fantasmagorie d’une hostilité prédatrice à l’endroit des femmes, la défense d’une simple position de discours s’apparente de plus en plus à celle d’un « droit des hommes », en l’occurrence celui d’exprimer des vues différentes (droit qui inclut celui des femmes rétives à la doxa).

« L’antiféminisme et le masculinisme s’incarnent dans des acteurs très différents. Ils sont souvent associés aux mouvements nationalistes et d’extrême droite. »

Admirable mauvaise foi. Si l’auteur de l’article ne fait là que relever les apparentements auxquels procèdent les auteurs du livre, il n’y voit nulle matière à s’interroger, et renforce le trait : la diversité des ennemis d’abord mise en avant est immédiatement suivie de leur reductio ad hitlerum.

Pas tout à fait ? Boursier ajoute : « D’autres sont issus de courants politiques éloignés de la droite. C’est le cas de la pensée de Proudhon. » Est-ce le meilleur exemple ? Il y a eu autant sinon plus de proudhoniens à droite qu’à gauche dans la pensée française du XXe siècle, et Proudhon se contrefichait de se classer à gauche. Passons cette négligence à notre expert de Sciences Po.

« Le point commun entre ces acteurs, aussi divers soient-ils, est leur volonté de conservatisme. Comme le souligne Diane Lamoureux, ce conservatisme se caractérise par une réticence aux changements brusques. »

On brûle de lire cette dame Lamoureux. Bourdieu se moquait de la sociologie de Lazarsfeld et de sa propension à expliquer le conservatisme par la « résistance au changement », l’opium qui fait dormir parce qu’il contient des vertus soporifiques. La tautologie a une riche descendance.

« Une dimension conservatrice toujours bien présente. Au cours des chapitres, trois stratégies de camouflage ressortent. »

Le conservatisme étant ici d’une part présumé comme caractéristique de l’antiféminisme, d’autre part préjugé comme abominable et inavouable, il ne peut faire l’objet de la part de ses partisans que de stratégies de dissimulation. L’entrain paranoïaque du critique se déploie sans bornes.

« Les groupes de défense des “droits des pères” vont revendiquer un désir d’égalité pour faire valoir un droit à voir leur enfant, contre une justice qui serait biaisée en faveur des mères. »

Toute appréhension collective des « droits des pères » est tenue ici pour illégitime per se. Comme toute possibilité de se référer à une communauté de condition. Seules des femmes sont réputées légitimes à se revendiquer d’un « #NousAutres ».

« [Les féministes] seraient allées trop loin et n’accepteraient pas l’idée que l’égalité est déjà là. Cet argument est souvent associé avec une logique néolibérale. Ainsi, l’oppression est individualisée et les femmes sont rendues personnellement responsables des inégalités structurelles. »

« Associé » par qui ? Les « ennemis » du féminisme, s’ils ne sont pas des « nationalistes » de « l’extrême droite », seraient du moins des milton-fridmaniens. Et le féminisme, aujourd’hui le premier auxiliaire idéologique du management capitaliste dans la mobilisation au travail, référence revendiquée et professée par tous les gourous de la « RH », serait la défense des femmes contre les abus du néolibéralisme. Plus c’est gros…

Mais voyons la suite. On y retrouve l’aporie habituelle de la doxa féministe.

Procès d’intention et vanité exégétique

La confusion entre des différentiations d’agrégats résultant d’effets de structures et des inégalités touchant des personnes, est, on l’a montré, au fondement de la rhétorique féministe touchant le travail et les rémunérations. Cette « confusion des ordres » (Pascal) est ici embrassée sans retenue.

Tristan Boursier semble assimiler à la « logique néolibérale » tout écart à une égalité paritaire théorique de pratiques et de conditions, et toute approche sociologique des trajectoires individuelles. Et il interprète tout écart comme l’effet d’une « oppression ». Pure spéculation, qui sera par hasard juste ici et inepte ailleurs. Et ignorance du fait que des écarts se jouent dans les deux sens, par rapport aux moyennes fétiches de la gnose statisticienne.

Personne ne saurait tenir « les femmes » pour « personnellement responsables des inégalités structurelles » puisque « les femmes» sont un agrégat qui par définition n’a rien de « personnel », ni n’exerce aucune responsabilité. Pas davantage une femme personnellement qualifiée n’est « responsable » même d’une part d’un effet de structure. La notion de « responsabilité » est simplement ici dénuée de toute valeur.

« Les féministes contribueraient à la marchandisation du corps des femmes et elles ne considéreraient pas suffisamment la violence faite aux femmes lorsqu’elle est produite par les femmes elles-mêmes ou par les immigrés. »

Nous renvoyons à notre article sur le « syndrome de Cologne », sur ce point qui n’est pas développé dans l’article de Boursier.

« On commence à connaître les structures des discours masculinistes. » C’est la minute comique. Il faut imaginer le patron de bistro qui jette un regard à gauche et à droite, et se penche vers l’habitué par-dessus le bar, le torchon à la main : « On sait qui… » Les ennemis n’ont qu’à bien se tenir : si notre recenseur commence à connaître les structures, il va finir par comprendre ce qu’ils disent.

« Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri repèrent dans la conclusion trois façons dont les féministes réagissent : ignorer, et se concentrer sur la défense de leur lutte plutôt que sur ses adversaires ; réagir de manière ponctuelle ; ou dédier son action à lutter contre les antiféministes, en créant une sorte de contre-contre-mouvement. »

Une chose est sûre. L’ignorance l’emporte parmi ces « façons de réagir ». En pratique, il est à peu près impossible d’échanger avec des féministes des arguments rationnels. On n’y est jamais convié, ou on abandonne de guerre lasse, ou encore on s’emporte devant la mauvaise foi et la sottise en bandoulière, à ses risques et périls, car veille la police du langage (demandez à Finkielkraut, tombé dans le piège de l’agression par De Haas sur un plateau télé).

« Il s’agit de pouvoir déconstruire les discours antiféministes. »

Il s’agirait en effet de pouvoir. Pas sûr que Tristan Boursier en ait les moyens.

« L’unité des antiféministes se fait avant tout dans leurs luttes communes (…) qui sont parfois l’occasion d’intersectionner leurs haines en accumulant les discours oppressifs. »

« Intersectionner » ! On se demande comment s’y prend ce garçon pour couper son pain. Mais voilà le mot « haine ». Quoi d’autres que la « haine » pourrait animer des « ennemis » ? « Haine » aurait manqué, tant le mot est devenu indispensable à la rhétorique de l’intimidation, elle arrive dans la conclusion. On est presque consolé d’avoir été privé de « nauséabond ».


[1] Sans préjudice de ce que contient l’ouvrage collectif qu’il recense (plus de cinq cents pages dues à quatorze auteurs sous la direction de Christine Bard, université d’Angers, Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, l’un et l’autre de « l’Institut de recherches et d’études féministes » de l’Université du Québec à Montréal).

Du féminisme managérial. I. La mobilisation incessante

Du féminisme managérial. I. La mobilisation incessante

Entretenant avec les aspirations professionnelles des femmes la relation d’une avant-garde autoproclamée à une masse tenue pour ignorante[1], le féminisme est à la fois un ethos d’intellectuels[2], et une idéologie légitimante. Du capital.

Le féminisme répond, comme toute idéologie, à un besoin de légitimation de classes savantes [3] engagées dans la conquête ou la sauvegarde du pouvoir. Il est manié dans le cadre d’une économie du discours, où les surenchères et les atténuations tracent les frontières entre les camps et engagent le populaire, dont on sollicite le vote, à prendre l’affaire au sérieux. En cela, le féminisme s’inscrit dans le lot de la vie des partis, la cuisine des programmes, les bricolages d’estrade.

Mais il est plus que cela. Car les classes savantes sont aujourd’hui beaucoup plus nombreuses que ne l’étaient, entre 1848 et la Libération, celles qui misèrent pour s’avancer sur les aspirations des classes ouvrières.

Ce n’est plus seulement l’État et ses prébendes qui sont en ligne de mire, mais toutes les organisations et institutions, privées comme publiques, auxquelles est attachée une forme de prestige social. Lire la suite