Équivalences transitives

Équivalences transitives

Le mode de pensée tautologique de la propagande féministe n’est pas seulement risible. Il ne vise à rien de moins qu’à ruiner le principe de légalité.

Les idéologies sont inégalement friandes de rhétorique, de références érudites ou de contorsions dialectiques. Le féminisme du XXIe siècle ne s’en embarrasse pas.

Il énonce comme des évidences des propositions d’équivalence binaire, A = B et B = C, auxquelles leur ressassement finit par conférer la force de l’évidence.

Ces équivalences opèrent dans la désignation des faits et le champ sémantique mobilisé pour les qualifier. Échantillon.

  • Différentiation = discrimination (équivalence totale : la confusion sémantique n’est d’ailleurs pas l’apanage du registre féministe, et si incongru qu’il puisse paraître de noter ici que le droit commercial s’y est aussi pris les pieds, il faut garder à vue que l’avachissement général du langage est toujours un terreau fertile pour les idéologies agressives) ;
  • Inégalité = discrimination (la relation est causale, mais commutative selon le contexte : emploi, éducation, foyer, et surtout selon l’ordre du discours) ;
  • Discrimination = violence (équivalence presque totale, portée d’ailleurs par d’autres contextes que celui de la récrimination féministe, qui emprunte ici au vade mecum des communautarismes) ;
  • Sexuel = sexiste (équivalence totale dès qu’un « stéréotype » est détecté, spécialement s’il s’agit d’une blague) ;
  • Sexisme = violence ; et corollairement discrimination sexiste = violence (équivalence totale) ;
  • Sexisme = domination (comme si une insulte sexiste ne pouvait pas être proférée par un dominé – présentant les meilleurs titres de subordination, économiques, éducatifs, ethniques… – à l’encontre d’une dominante selon les mêmes critères ; la limite de l’équivalence étant ici l’embarras de la doxa avec le syndrome de Cologne) ;
  • Sexiste = « sexiste et sexuel » (ce syntagme stéréotypique désormais inscrit dans la loi et ressassé dans les campagnes de dénonciation ne vise pas à distinguer les deux termes mais au contraire à rabattre le second sur le premier : l’hétérosexualité masculine est présumée sexiste) ;
  • Domination = violence (la domination masculine étant présumée, la violence va de soi, il suffit de repérer l’une pour qualifier l’autre) ;
  • Drague = harcèlement (équivalence totale, mais revendication partielle, il resterait une drague admissible, mais le concéder n’est qu’une clause de style d’un propos tout uniment culpabilisateur, dès lors que la notion de harcèlement ne suppose plus la récurrence d’une avance à caractère sexuel) ;
  • Violences verbales = violences physiques (les allégations de « violences conjugales » sont toujours présentées dans les sondages et les journaux sans distinction des unes et des autres, et si la distinction est faite dans les organismes statisticiens, elle n’y est jamais mise en avant)…

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Qu’est-ce que le “sexisme” ?

Qu’est-ce que le “sexisme” ?

« Notre société entière » est « malade du sexisme », déclarait doctement le 25 novembre 2017 Emmanuel Macron, avec l’accent d’indignation seyant aux circonstances. On savait de la même source les Français fainéants, les voilà mieux qualifiés, en fainéants sexistes.

Au-delà de l’inclination de ce président de la République à l’injure, collective ou individuelle (Pierre de Villiers), son diagnostic péremptoire, qui fait écho au système de croyance tissé dans les esprits par le néoféminisme, gagnerait à s’étayer d’une définition. (Ou ne gagnerait rien, après tout, ce n’est que gesticulation politique.)

Pour le dictionnaire Trésor du CNRTL, le sexisme est « Péj. [Gén. dans le lang. des féministes] » une « attitude discriminatoire adoptée à l’encontre du sexe opposé (principalement par les hommes qui s’attribuent le meilleur rôle dans le couple et la société, aux dépens des femmes reléguées au second plan, exploitées comme objet de plaisir, etc.) ». Pour le Larousse, plus sobrement une « attitude discriminatoire fondée sur le sexe ».

Le Trésor prend acte que n’y entrent pas les interdictions fondées sur le sexe qui sont opposées aux hommes (festival Cineffables , Nuit debout, réseaux professionnels féminins, etc.) : le mot s’entend « généralement dans le langage des féministes ». C’est ce qu’on appelle entériner l’usage. Et la définition du Larousse, qui affecte de l’ignorer, sonne curieusement à nos oreilles tellement habituées à la préemption du mot par l’idéologie.

Car avec le féminisme, le sexisme n’est pas ce qu’avec une placide neutralité dénote ce dictionnaire. Il est « systémique ». Et par conséquent unilatéral, un même « système » ne pouvant produire qu’un type de rapport inégal entre les sexes.

Tout homme qui, d’une façon ou d’un autre, exprime la différence sexuée dont il est porteur – expression de goûts, de désirs – par le geste ou la parole, est en situation d’illustrer le « sexisme » systémique.

Il n’y a pas d’échappatoire, pas de liberté, ni pour lui ni pour sa partenaire. Seul le grand soir féministe qui aura aboli le « système » (on ne sait pas comment) les affranchira l’un et l’autre de ce « rapport de domination » essentialisé.

Le « sexisme » est l’élément de langage d’une prédication.