“Trop jeune pour moi”, fausse audace, vraie dévotion

“Trop jeune pour moi”, fausse audace, vraie dévotion

Raconter une histoire d’amour sans visée politique édifiante, ce n’est sans doute plus envisageable dans le paysage audiovisuel du moment. Arrêt sur bluette.

À propos du soap Trop jeune pour moi diffusé le 31 août 2020 sur TF1, l’actrice Hélène de Fougerolles qui en incarne l’héroïne a confié au magazine TVMAG de graves considérations. « Si cette fiction peut faire réfléchir et changer le regard sur la différence d’âge », etc. Dans le film, elle a quarante-cinq ans, et le jeune homme vingt de moins. La chose est promue comme emblématique d’un type de relation hétérosexuelle qui mériterait d’être défendu contre le préjugé de ceux qui n’ont pas le « regard » du moment. Avec cette composition et grâce à TF1, Hélène de Fougerolles est persuadée de « tordre le cou à des clichés ». Et d’alléguer le couple Macron : « Il est scandaleux que la première dame se fasse encore beaucoup critiquer à ce sujet. »

Mais au couple présidentiel la fable télévisée ne ressemble guère. Et ce n’est pas seulement parce que la comédienne a plus d’atouts pour inspirer du désir à un jeune homme qu’une première dame dont le style cagot faire rire le monde depuis trois ans. Dans ce dernier cas, la différence d’âge n’entre pas seule en ligne de compte ; la psychanalyse ne manque pas de matière pour s’interroger sur la constitution mentale d’un homme qui a symboliquement épousé sa mère – un maître et une seconde mère. Mais de liaisons de femmes mûres avec de jeunes hommes, il y a toujours eu pléthore, et on en trouvera trace aussi loin que portent l’adultère et la littérature – les dix ou douze ans qui peuvent séparer Julien Sorel de Mme de Reynal valent bien vingt d’aujourd’hui.

Le sens de la ferveur militante de l’actrice et de la chaîne productrice ne tient pas au seul nombre des années, mais à l’inversion du rapport d’âges, opérant comme un déni du fait social massif de l’hypergamie féminine qui conduit les femmes à opter plus souvent pour un homme plus âgé qu’elles avec les attributs sociaux d’une position sociale plus assise (cf. https://wordpress.com/view/critiquedufeminisme.blog). L’écart moyen est mince en France, à peine deux ans, et tend lentement à se réduire. Le constat de sa résorption, quand même il ne reposerait que sur l’âge au mariage alors que le mariage décline, serait un momentum triomphal pour le néoféminisme. Peu important l’anecdotique de son scénario, une histoire d’adultère qui ne se prive pas de poncifs, Trop jeune pour moi chante l’avènement de cette résorption.

S’il s’agissait d’un homme de quarante ans et d’une fille de vingt, le sujet aurait été traité sous le jour du mariage forcé, du « continuum de violence » voire de la « pédophilie » (la qualité de mineur sexuel est relative, et même extensible au regard de l’écart d’âge, comme l’atteste l’évolution du droit pénal, en France comme en Californie, où le recul de la majorité sexuelle signale une inflexion autoritaire des systèmes socio-familiaux). S’il s’agissait d’un homme de quarante ans et d’une fille de vingt, ce ne serait pas une comédie.

Mais il ne s’agit pas d’un homme. Et s’agissant d’une femme, la fiction télé a droit aux grâces de la comédie légère. Elle n’en porte pas moins un discours normatif. Le « regard sur la différence d’âge » ne doit être que bienveillant dans un cas, mais – c’est l’implicite du propos – il est justifié à être sévère dans l’autre. Tant mieux pour la mémoire tragique de Gabrielle Russier, tant pis pour les vocations de vieux beaux.

Facteurs structurels négligés – 5. Raison majeure, le facteur matrimonial (célibats, hypergamie, écarts d’âge)

Une épouse plus âgée, le cas est marginal dans les populations cadres. La publicité GOptical y associe avec candeur une situation de carrière supérieure à celle du mari. Le féminisme mainstream ici mobilisé y confesse un de ses dénis : que s'il y a écart de revenu dans nombre de couples actifs au désavantage de la femme, cela tient souvent à ce qu'elle est la plus jeune…

Une épouse plus âgée, le cas est marginal dans les populations cadres. La publicité GOptical y associe avec candeur une situation de carrière supérieure à celle du mari. Le féminisme mainstream ici mobilisé y confesse un de ses dénis : que s’il y a écart de revenu dans nombre de couples actifs au désavantage de la femme, cela tient souvent à ce qu’elle est la plus jeune…

Ce n’est pas le moindre facteur expliquant les apparences d’iniquités dans la distribution des salaires selon le sexe, il est même vraisemblablement le premier, or le facteur matrimonial fait l’objet d’un dédain parfait de la science du marché du travail. Il n’est pas étranger à un tel désintérêt que son examen, honnêtement conduit, porterait à reconsidérer sans œillères le deuxième grand domaine de récrimination féministe, celui des tâches ménagères.

Il y a contradiction, dans les classes à capital scolaire qui fournissent les contingents de cadres[1], entre les aspirations et stratégies de carrière des femmes et leurs aspirations et stratégies matrimoniales. Les premières les portent à conquérir vis-à-vis de leurs collègues masculins une égalité dont personne ne leur conteste le droit. Les secondes, à y renoncer partiellement.

Dans les couples des classes moyennes et supérieures, les femmes sont parfois enclines à freiner voire à interrompre leur carrière de leur propre chef, quand leur situation matrimoniale les autorise à le faire sans inconvénient majeur, ou en vue d’un avantage supérieur à l’inconvénient anticipé. Dans les deux cas, cela se produit parce que Lire la suite