Remarques sur un idéologème – 4. Stéréocritique, délation, management

Remarques sur un idéologème – 4. Stéréocritique, délation, management

« Dénoncer sans relâche les stéréotypes »[1] est la mission que revendiquent hautement le HCEfh et autres « Laboratoires de l’égalité ». Mais en pratique, dénoncer quoi, et à qui ?

« Stéréotype » désigne des énoncés (« des représentations schématiques et globalisantes, des croyances largement partagées »)[2], mais la dénonciation des stéréotypes ne s’intéresse pas à la question de savoir qui les énonce, et même s’ils sont effectivement énoncés (depuis quel extérieur, disions-nous). L’enquête sur la réalité et les conditions du recours au stéréotype dans le discours des acteurs est tenue pour superflue. Qui l’emploie, dans quelles circonstances, à l’appui de quel propos, selon quelle fréquence, etc., tout cela n’est pas sujet à interrogation sérieuse. Lire la suite

Remarques sur un idéologème – 3. Usages des mots et biais cognitifs

Remarques sur un idéologème – 3. Usages des mots et biais cognitifs

Détour par le « système 1 » du Pr Kahneman. Le langage ne peut être exempt de « stéréotypes », mais la frénésie policière qui s’est emparée des pouvoirs publics pour l’en expurger entend faire comme si…

Dans la vie, celle que l’État et ses appareils s’emploient à réguler mais échouent à contrôler tout à fait, la plupart des idées que nous mobilisons spontanément, dans les gestes de tous les jours, sont du même ordre que le préjugé ou le stéréotype. Sans elles, nous ne saurions, nous ne pourrions pas vivre.

La raison raisonnante, la vérité académique (qui souvent prête à rire), la techno-science brevetée, ce n’est pas avec ça que nous vivons, de l’instant où nous posons le pied par terre au saut du lit et jusqu’au moment d’y retourner pour passer le manche à l’inconscient, seul maître de nos rêves.

Ce qui nous gouverne, la plupart du temps de notre veille consciente, c’est un régime où des schèmes plus ou moins conscients nous dirigent en nous épargnant l’effort d’une pensée analytique, d’une pensée trop lente pour nos besoins immédiats, qui s’enchaînent à un rythme auquel elle ne saurait répondre. Ce qui nous gouverne, c’est le règne des raccourcis mentaux, auquel touche la sociologie avec les concepts d’ethos ou d’habitus, la psychologie comportementale ou, assis sur elle, les behavioral economics. C’est le « système 1 » de Daniel Kahneman[1], le fast thinking, le règne des heuristics (raccourcis mentaux), des automatismes, des intuitions nées de l’habitus ou de biais cognitifs. Système mental qui porte à l’erreur, sans doute, surtout dans les domaines et les disciplines contre-intuitives – comme la statistique –, mais qui s’avère en d’autres cas plus efficace qu’une réflexion laborieuse et elle aussi sujette à l’erreur. Lire la suite

Remarques sur un idéologème – 2. Stéréotype, cliché, préjugé

Remarques sur un idéologème –  2. Stéréotype, cliché, préjugé

Comment la langue, politique, puis académique et bientôt juridique en est-elle arrivée à parler aussi systématiquement de « stéréotypes », à propos de la socialisation sexuée, et de toute question relative à la distribution des rôles sous l’angle comparatif des hommes et des femmes ?

Tel que le décrit la doxa étatique (« des représentations schématiques et globalisantes, des croyances largement partagées… »)[1], le stéréotype ne devrait pas se limiter aux représentations des différences sexuelles. Pourtant, la même définition l’y assigne, précisant « stéréotypes de sexe ». Mais cela va sans dire, comme les notions d’égalité et d’inégalités sont aujourd’hui préemptées par l’axe femme-homme, fût-ce au détriment de la réduction d’inégalités criantes, à la mode anglo-saxonne (les Noirs américains, les Aborigènes australiens ou la classe ouvrière anglaise en savent quelque chose)[2].

Dans le champ de pratiques, d’échanges symboliques, d’entre-soi, et de production idéologique qui est celui du féminisme contemporain, l’influence anglo-saxonne est du reste prégnante. Pour juger du succès du « stéréotype » comme catégorie de la pensée, il faut donc ne pas perdre de vue l’antériorité de stereotype dans le corpus anglo-américain. Antériorité dans les publications savantes ou demi-savantes des gender studies, mais aussi dans un emploi plus large, dans la langue de tout le monde. Mais il se trouve qu’en français l’habituelle traduction de stereotype était simplement « préjugé »[3].

Alors quoi de plus ? Quoi de plus que clichés, ou idées reçues ? Qu’est-ce que « stéréotype » prétend dire de plus que « préjugé », à part d’être un néologisme dû à une anglomanie grégaire[4] ? Se le demander, c’est viser ce que la propagande veut lui faire dire. Lire la suite

Loi Rebsamen, effets pervers en vue

Loi Rebsamen, effets pervers en vue

Tandis que les officines féministes rivalisent 1 pour dénoncer les dispositions – plutôt raisonnables – du projet de loi « Rebsamen »2 visant à simplifier les « obligations d’information et de consultation » dans les entreprises, une autre mesure du même texte, authentiquement pernicieuse elle, ne suscite apparemment pas tant d’inquiétudes.

Elle le devrait pourtant, parmi l’ensemble des organisations syndicales, et des inquiétudes d’un autre ordre.

L’« obligation de représentation équilibrée entre femmes et hommes sur les listes des élections professionnelles » prévue par le ministre du Travail va en effet compliquer la composition de listes libres et indépendantes par les organisations syndicales. Lire la suite

Le « Quart en moins » ou l’enfarinage

Le « Quart en moins » ou l’enfarinage

Le « quart », selon les années et les points de vue 25 à 30 %, qui manquerait au salaire féminin par rapport au salaire moyen masculin, est dans les représentations comme la tête de l’hydre qui repousse chaque fois que l’examen critique la réduit.

On peut bien objecter (ou concéder, la doxa s’y résout nolens volens) les facteurs structurels qui l’expliquent – et à notre sens la réduisent à rien –, c’est toujours le chiffre magique de la moyenne globale qui revient à la surface du bruit médiatique, jaillissant sous la plume du sociologue biaiseux ou du journaliste pressé, pour illustrer tel ou tel aspect de la distribution de l’emploi ou des comparaisons femmes-hommes.

Ces facteurs structurels, Rachel Silvera, qui a publié Un quart en moins[1], en reconnaît avec d’autres auteurs un bon nombre : temps de travail, rémunération spécifique aux heures supplémentaires, catégories d’emploi, qualification, secteur d’activité, taille de l’entreprise… Et comme autant d’auteurs néglige de chercher les autres, pour aboutir à un taux de « 9 % de l’écart salarial » qui demeurerait « inexpliqué »[2].

Le « quart en moins » n’est pas un fait, mais seulement le résultat d’un arrêt contingent de la lecture à un moment – la moyenne globale – de la représentation statistique. Lire la suite

Harcèlement de rue

Harcèlement de rue

Une association d’étudiants de Sciences Po Lyon[1] a organisé l’automne dernier pour son bulletin une enquête sur le « harcèlement de rue à Lyon ». Entreprise promise à des résultats improbables[2].

Pour commencer, ce qu’est le « harcèlement de rue » (en fait pas seulement de rue), le questionnaire omet de le préciser. La notion de harcèlement y procède d’un amalgame implicite entre la drague et le viol, la première étant par défaut assimilée à un premier degré du second. Cela garantit-il que toutes les répondantes l’entendront de la même façon ?

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Main courante

Main courante

Dissuader de toute démarche les hommes victimes de violences conjugales ? Le déni orchestré depuis les sommets de l’État pour affirmer que la violence n’a qu’un sexe ne devait pas suffire.

En annonçant la veille du 25 novembre 2014 (http://qwt.co/5139jf), « journée de la violence faite aux femmes » (selon l’éphéméride panique qu’affectionnent les médias, « journées sans », « journées de », « journées contre »…), un « plan contre la violence conjugale », la ministre de la Justice ajouté sa pierre à un vieil édifice du mensonge.

En 2003, dans son livre Fausse Route, Elisabeth Badinter s’inquiétait d’une dérive du féminisme aboutissant à un déni militant de la violence féminine. Elle observait que la violence conjugale, réputée entièrement imputable aux hommes, était d’autant plus méconnue dans sa dimension féminine qu’elle n’était à cet égard pas mesurée. Et de dénoncer le biais systématique de la sociologie officielle en la matière (la malhonnêteté de l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France, Enveff)[1].

Onze ans après, le phénomène n’est pas davantage mesuré. Les services sociaux sont toujours aussi myopes, les sociologies d’État aussi portées au déni, les services policiers inaptes à recueillir d’improbables plaintes masculines.

Choisir le 25 novembre pour évoquer la « violence conjugale » a été de la part de Christiane Taubira une façon éclatante d’afficher sa préférence pour la vision la plus manichéenne.

Le plus grave tient cependant au « plan » lui-même, dont tout le propos est d’accentuer le déni.

Il prévoit en effet un encouragement systématique au dépôt de plainte par les plaignantes potentielles, et la dissuasion du recours à la main courante.

Le motif de désinhiber les victimes parmi les femmes est vertueux, mais si son efficacité est en l’occurrence incertaine, son effet collatéral est sûr. La mesure va dissuader davantage de toute démarche les hommes victimes de violences verbales ou physiques, que le plus souvent répugne la simple demande de conseil, a fortiori une main courante, a fortiori une plainte.

Pas de chiffre ici, inutile d’ajouter à la surenchère fantaisiste, comme l’estimation par les pouvoirs publics du nombre de femmes victimes de violences qui ne portent pas plainte (on peut ainsi lire sur le site du gouvernement que sur «  86 000 femmes [qui] indiquent avoir été victimes de viol ou de tentative de viol, seules 10 % déposent plainte » ; le recrutement de ces « indicatrices » laissant pour le moins perplexe). Côté masculin, le silence honteux du pauvre type humilié va de soi, compliqué du remords de s’entendre reprocher comme sienne la violence qu’il subit ; ça va de soi, on la ferme.

Et pour faire bonne mesure, l’encouragement systématique au dépôt de plainte que va instituer le gouvernement ne manquera pas non plus de créer un appel d’air aux dénonciations calomnieuses, déjà nombreuses (comme celles de pseudo-victimes en procédure de divorce que des cercles militants encouragent à obtenir le maximum au civil en s’appuyant sur le pénal, pseudo-victimes qui doivent compter parmi les « indicatrices » sus-mentionnées).

[1] Les réflexions d’Elisabeth Badinter sont rappelées et mises en perspective dans les trois articles d’Olivier Malvolti (2010), « La violence féminine : les chiffres tronqués de la violence conjugale » (http://qwt.co/px9ybx).

Facteurs structurels négligés – 6. La fatigue du travail

Facteurs structurels négligés – 6. La fatigue du travail

L’impact des interruptions de carrière associées à la maternité sur le salaire féminin est fréquemment avancé, à raison, pour sa contribution aux écarts moyens constatés entre les femmes et les hommes. Ce qui est moins recherché, ce sont les considérations, contraintes et motivations qui sous-tendent ces interruptions.

Volontaires ou subies, les réductions d’activité des salariées ? Les données tirées du « module complémentaire » de l’enquête Emploi 2010 de l’Insee tendent[1] à montrer que les interruptions de carrières ou réductions d’activité, qui touchent une femme sur deux après une naissance, sont au premier chef,  bien avant les problèmes de garde, motivées par l’idée que les mères se font du bien de l’enfant et par le désir de se consacrer à son éducation.

Mais derrière l’apparente unité des motivations, la stratification sociale joue fortement. Chez les employées et ouvrières (ou classes de diplômes CEP à bac), Lire la suite

« WomanTax” : égarements et dévoiement

Militante GeorgetteLa DGCCRF serait sur les dents. Le cabinet du ministre de l’Economie a en effet annoncé avoir lancé ce 3 novembre 2014 une enquête visant à savoir si pour un même produit ou service les femmes paient plus cher que les hommes. A l’origine de cette fière annonce, un des innombrables et interchangeables « collectifs » féministes qui courent le coup médiatique, les « Georgette-Sand ».

Passé le premier rire ou le haussement d’épaules, à la vue de la une du Parisien, la confirmation, dans les heures qui ont suivi, que l’État prenait au sérieux la querelle d’une bande de copines qui font leurs courses chez Monop’ appelle quelque remarques, et questions.

Prétendre qu’il y a discrimination du fait qu’un rasoir rose coûte plus cher de quelques centimes qu’un rasoir bleu, comme si les consommateurs en situation de l’acheter étaient considérés selon leur sexe, est un curieux procès à l’endroit tant des commerçants qui diffusent ces produits que de ceux qui les fabriquent. En fait, on ne sait pas trop à qui le procès est intenté ; le bonheur de la dénonciation l’emporte sur le souci de qualifier l’imputation.

Tant pis si la femme ou l’homme qui fait les courses est susceptible d’acheter indifféremment des produits « féminins » ou « masculins », si des écarts de prix relatifs à des produits dont on ne peut présumer qui en sera l’acquéreur – même si on devine le sexe de leur utilisateur (pour autant qu’ils ont été ciblés) – ne constituent en rien une discrimination.

Pourquoi ne pas aller au bout ? C’est le marketing qui est en soi une entreprise de discrimination, et il faut blâmer aussi les fabricants de jouets de pratiquer une discrimination par l’âge.

Les Français seraient ignorants en économie ; et voilà que l’État les encourage à ignorer que, derrière les produits, les « unités de besoin » diffèrent souvent d’un sexe à l’autre. Faut-il douter de la physionomie des Georgettes au point de rappeler, à propos de ce pauvre rasoir, les parties du corps qui, dans un cas où dans l’autre, appellent son usage ?

Et l’État feint-il d’ignorer que les entreprises assurent leur bénéfice en jouant de la marge ou du volume, selon que les volumes sont plus ou moins élevés, les produits plus ou moins concurrencés, la clientèle plus ou moins fidèle à une marque, etc. Les rasoirs roses ne coûtent vraisemblablement pas beaucoup plus cher à produire que les bleus, mais s’il s’en vend moins, ils sont plus chers. Si l’on compare d’autres produits sexués comme les crèmes hydratantes, on constatera sans doute un effet symétrique (offre et clientèle plus étroites côté masculin, et positionnement décalé vers le haut de gamme…), effet qu’on se gardera d’appeler « man tax ».

Ah oui, dira Georgette, mais les coiffeurs ? Les coiffeurs et les coiffeuses sont des personnes qui travaillent. Combien de temps passe Georgette entre les mains du coiffeur ? La DGCCRF va-t-elle planquer dans les salons de coiffure pour découvrir qu’Alfred en a fini en vingt minutes et Georgette en quarante ?

Belle campagne que celle qui tend à accréditer l’idée que le temps de travail est indifférent à la valeur des services et des produits ! Mais campagne bien en phase avec les attendus d’un certain consumérisme. La valeur du travail des autres, ça ne compte pas. Seule compte la fièvre consommatrice de Georgette.

Et son pouvoir d’achat contrarié par la « woman tax »

Qualifier de « taxe » les écarts de prix entre des produits soumis aux mêmes impositions est un abus de langage auquel les pouvoirs publics, sinon les « collectifs », devraient s’épargner de succomber. D’autant plus que la disparition revendiquée de cette prétendue taxe, sous couvert de mise à niveau des prix entre produits « genrés », prendra évidemment la forme d’une demande de baisse des produits roses plutôt que de hausse des produits bleus. Pour Georgette, ça va de soi. Pas pour celles et ceux qui fabriquent ce qu’achète Georgette. Le même jour où le Parisien titrait sur la « woman tax », les Echos mettaient en une le spectre de la déflation et le syndrome japonais qui menacent l’Europe…

Il est peu probable qu’à Bercy on ignore tout de ces circonstances. Mais y aurait-on oublié, au fait, que les prix à la consommation, jusqu’à plus ample informé, sont libres, depuis l’ordonnance du 1er décembre 1986 ? Cela relèverait de l’inconséquence – à moins qu’on n’y prépare une nouvelle ordonnance sur le sujet, ou un projet de loi Georgette ?

Qu’un ministre qui fut cosignataire d’un « rapport sur les freins à la croissance » et qui ne fait pas aujourd’hui mystère de l’inquiétude que lui inspirent les tendances déflationnistes à l’œuvre sur les marchés, se laisse circonvenir par une démagogie de ce tonneau est un aveu de faiblesse préoccupant.

Il est peu vraisemblable, bien sûr, qu’il en soit dupe, mais le cas alors est plus grave. Grave que devant n’importe quelle récrimination de n’importe quel groupuscule féministe la raison rende les armes. Et qu’elle ne les rende pas sans inconvénient même pour ce ministre, puisque sa reddition affecte directement les moyens dont il a la charge et les priorités politiques qui sont les siennes.

La DGCCRF, principale administration de contrôle dans le domaine de l’économie, est-elle si dépourvue d’occupations en ce moment, ou dispose-t-elle d’effectifs soudain si généreux, pour que sa tutelle lui confie une enquête sur cette querelle de muscadines ?

Il s’agit en somme de savoir au détriment de quelles missions les ressources de cette administration vont être dévoyées : la lutte contre la tromperie sur les sites de e-commerce, la sécurité des produits, le non-respect des délais de paiement, la sous-traitance pressurée par la course aux prix bas, les prix agricoles, les clauses abusives (liste non exhaustive, voir pour complément http://www.economie.gouv.fr/dgccrf) ?

Par curiosité, bien sûr.

De la scientificité du « gender » et de l’essentialisme (sur un entretien avec Laure Bereni)

De la scientificité du « gender » et de l’essentialisme (sur un entretien avec Laure Bereni)

Dans La Vie des idées (5 octobre 2011, entretien republié en octobre 2014,)[1], Laure Bereni, coautrice d’une Introduction aux Gender Studies, expose les « acquis des études sur le genre ». Prometteur.

Sauf qu’on cherchera en vain dans cet entretien les « acquis » du gender pour l’intelligence de la société. Laure Bereni n’en répertorie aucun, se contentant d’énumérer les noms de laboureuses du « champ » gender, académiques voire « canoniques » (sic). En revanche, les perles ne manquent pas dans ce pieux compendium.
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La querelle du ménage – 8. Solidarité intergénérationnelle, procès en devenir

La querelle du ménage – 8. Solidarité intergénérationnelle, procès en devenir

Les soins aux parents dépendants, enjeu social relativement récent, ont commencé de susciter une littérature, à visée juridico-légale, que le soupçon féministe a déjà préemptée.

Les soins aux parents âgés dépendants seraient le fait des femmes dans les trois quarts des cas[1]. L’étroitesse du périmètre d’observation de l’enquête Erfi lui a fait négliger ce domaine de « tâches » aux confins du domestique et du parental où l’engagement féminin semble pourtant de nature à alimenter la thèse du partage inégal

À en juger à la façon dont le sujet est abordé par le politique, il y a fort à parier que les études sur le sujet se caleront longtemps dans le moule de l’idéologie dominante.

Que veut dire en effet le législateur de 2014 lorsqu’il évoque le nombre, « environ 800 000 », des aidants, et qu’il écrit que « 62 % sont des femmes »[2] ? Il est remarquable que ce soit la seule forme de segmentation qu’il croit bon de retenir pour décrire le groupe. Lire la suite

La querelle du ménage – 7. Programme pour une étude de la “sociabilité” comme tâche

La querelle du ménage – 7. Programme pour une étude de la “sociabilité” comme tâche

Qui dans le couple détient la prééminence sur les relations familiales, amicales ou vicinales avec les tiers ?

À en croire la nomenclature de l’Enquête sur les relations familiales intergénérationnelles (Erfi) et sa rubrique « organisation de la vie sociale du ménage / invitations »)[1], la sociabilité du ménage reposerait principalement sur les femmes, et représenterait pour elles une « tâche » de plus. Il faut entendre ici la sociabilité dans sa plus grande extension, incluant les relations à l’intérieur de la famille au sens large, avec les ascendants, collatéraux et leurs lignées, les relations amicales et vicinales (voisins de résidence ou de quartier, parents d’élèves, etc.).

Que signifient le fait que les femmes revendiquent en la matière (Erfi est une enquête « déclarative ») une prééminence que les hommes ne semblent pas leur disputer ? Lire la suite

La querelle du ménage – 6. Eikoanomia (du gaspillage alimentaire)

La querelle du ménage – 6. Eikoanomia (du gaspillage alimentaire)

Égalité civile, société de consommation, mode de vie urbain, taux d’activité élevé des femmes : la conjonction de ces facteurs et d’autres traits des sociétés industrielles et postindustrielles a depuis longtemps réuni les moyens d’un ébranlement sans retour de la famille patriarcale, celle-là même dont le féminisme dénonce la perpétuation avec la thèse de l’« assignation » aux tâches ménagères.

L’observation de la préparation des repas ne porte guère à souscrire à cette thèse fantasmagorique. Bien sûr, l’Enquête sur les relations familiales intergénérationnelles (Erfi) relève que les hommes ne s’y impliquent que par intermittence[1]. Mais en valeur absolue le temps qu’y consacrent les femmes a beaucoup diminué au cours des dernières décennies. Lire la suite

La querelle du ménage – 5. Agents de la distribution des tâches domestiques – De la dilection

La querelle du ménage – 5. Agents de la distribution des tâches domestiques – De la dilection

Pour autant que leurs relevés soient fiables, ce qui est parfois sujet à caution (cf. supra, remarques sur les enquêtes Erfi et autres), les écarts de pratiques entre les sexes peuvent-ils être tenus a priori comme la résultante d’une négociation, à l’issue plus ou moins favorable à l’un ou l’autre conjoint, ou de contraintes intériorisées sous l’emprise de « stéréotypes de genre » au modus operandi mystérieux ? C’est ce que prétend le féminisme, dont ce sont deux présupposés majeurs.

Deux présupposés

Le premier, dont le féminisme aveugle la sociologie de la famille, consiste à réduire les nœuds complexes qui se nouent et se jouent dans la nuptialité, la conjugalité, la parentalité[1], à la figure de l’homo economicus appuyée sur le droit du contrat. Étonnante réduction, si l’on songe qu’elle est le fait de courants de pensée souvent hostiles au libéralisme[2] ; mais opération moins étrange quand elle résulte aussi d’une hostilité au contractualisme per se[3].

Le second présupposé est celui d’une forme de stupidité des acteurs et de leur docilité à des schémas de pensée qui œuvreraient tous dans le même sens. Là, le féminisme, comme d’autres idéologies avant lui, projette sur le social sa fantasmagorie de toute-puissance univoque (univocité du conditionnement par les stéréotypes, univocité de la bonne nouvelle émancipatrice Lire la suite

Du féminisme managérial – II. L’horreur de la beauté

Les féministes  se plaignent de leur « assignation » à l’apparence pour dissimuler un avantage relatif dans la course l’avancement des carrières.

À propos du travail, c’est une banalité d’entendre ou de lire parmi les récriminations féministes que les femmes engagées dans la vie professionnelle, c’est-à-dire la plupart d’entre elles, s’y voient « assignées à leur sexe », et « continuellement renvoyées à la sphère privée » de leur corps et de leur apparence[1]

L’argument est particulièrement prisé par celles des féministes qui exercent une profession libérale, Lire la suite